Aimer comme Dieu nous aime
MA VIE DE CHRÉTIENNE AU QUOTIDIEN

Aimer comme Dieu nous aime : une gageure ?

Aimer comme Dieu nous aime, ce n’est pas une simple idée en passant : c’est un commandement, énoncé par Jésus lui-même : “mon commandement, le voici : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.” (Jn 15, 12) Mais quand on sait combien Dieu nous aime, à quel point son amour est immense et inimaginable, cela rend l’obéissance à ce commandement un peu ardue ! Suis-je capable, moi, toute petite créature qui ne suis rien sans Dieu, d’aimer comme lui, il m’aime ? Aimer, passe encore, même si c’est loin d’être un parcours de santé. Mais aimer “comme Dieu nous aime” ? Comment faire ?

Spoiler alert : cet article n’a pas vocation à donner une recette toute faite, prête à appliquer, comme dans un livre de cuisine, et qui donnerait les directives pour devenir un parfait petit enfant de Dieu capable d’aimer comme notre Père nous aime. Le texte qui suit n’a d’autre prétention que celle de partager, très humblement, une expérience qui m’a permis de commencer à toucher du bout du doigt ce que peut vouloir dire “aimer comme Dieu nous aime”.

Dieu m’a fait une immense grâce

Il y a une quinzaine de jours, une personne de ma paroisse est venue me voir à la fin de la messe pour me faire une remarque extrêmement désagréable. Afin de préserver l’anonymat de la personne, je l’appellerai simplement “Madame”, et je ne donnerai pas de détails, mais il s’agissait d’un commentaire sur moi, sur ma façon d’être, sur ce que je suis, et elle me prêtait des intentions – notamment vis-à-vis du prêtre – que je n’ai absolument jamais eues et cela m’a beaucoup choquée. Et j’en ai été extrêmement blessée. 

Femme âgée regard sévèreJe l’ai été d’autant plus qu’elle m’a dit que le prêtre pensait exactement la même chose qu’elle, et qu’il venait de le lui dire. En plus de l’offense, je me suis sentie extrêmement heurtée, bien que je n’aie pas voulu croire que ce prêtre – dont j’apprécie précisément le franc-parler – ait pu parler de moi de cette façon dans mon dos. Le fait est qu’il ne l’avait pas fait, je n’ai pas le moindre doute à ce sujet. Mais elle a voulu me le faire croire, et sur le coup, cela m’a fait mal. Elle a également dit qu’elle n’était pas la seule à penser cela, et que “plein de monde” était venu lui en parler.

Je ne peux pas raconter de façon exhaustive tout ce qui s’est passé suite à cette malencontreuse remarque, mais, globalement, après une phase de profonde détresse, de sentiment de trahison et une douleur intense, un entretien avec le prêtre m’a permis de comprendre que “Madame” m’avait menti. Non seulement le prêtre n’était absolument pas du même avis qu’elle et ne l’avait jamais laissé entendre, mais en plus, personne ne s’était plaint de moi dans les mêmes termes qu’elle. J’ai aussi appris, par d’autres sources, que cette personne n’en était pas à son coup d’essai et avait déjà fait du mal à d’autres personnes.

Je n’entre pas dans les détails des faits en eux-mêmes parce que ce n’est pas là le point le plus important. Ce qu’il est vraiment important pour moi de partager maintenant, c’est mon cheminement intérieur à ce moment-là.  

Aimer ses ennemis

 La toute première étape, avant que mon esprit s’apaise sur la véracité des événements, c’est la colère qui m’a habitée plusieurs jours durant vis-à-vis de cette personne. J’essayais de revenir à tout ce que j’avais compris du fait d’aimer ses ennemis, mais je dois avouer que j’éprouvais quelques difficultés à ouvrir mon cœur pour y laisser passer la grâce de Dieu pour cette personne qui m’avait fait si mal par ses propos. 

Et puis, j’ai eu l’occasion de parler à nouveau avec “Madame”. Elle m’a répété résolument les mêmes propos que précédemment. J’ai fait un pas vers elle, lui ai tendu la main pour que nous trouvions un compromis. Mais elle a campé sur ses positions et n’a pas avancé d’un millimètre. Il me semblait que chacune de nous pouvait faire une concession pour faire un pas vers l’autre. Mais elle n’a pas bougé.

Et puis, j’ai compris une chose extrêmement importante. Cette femme n’a rien fait par méchanceté. Ses propos étaient tranchants, offensants, choquants, j’oserais presque dire violents. Mais ils n’étaient pas méchants. Cela peut paraître absurde, mais vous allez voir qu’il n’en est rien.

Nous sommes enfants de Dieu

J’ai vu une femme qui va à la messe tous les dimanches, et plusieurs fois par semaine. J’ai vu une femme qui va à l’adoration et qui prie, dans une attitude de foi profonde. Je ne peux pas croire qu’une femme qui aime le Seigneur comme elle semble le faire puisse être quelqu’un de profondément mauvais.

Quoi qu’il en soit, je ne crois pas, en général, que les gens puissent être foncièrement méchants. Je crois qu’il y a des personnes en souffrance, des personnes qui ont une vision du monde différente de la mienne, des personnes qui ont peur, des personnes malades… mais la méchanceté intrinsèque n’est pas de ce monde. Les actes peuvent être méchants, mais, à mon sens, pas les personnes. 

Ce que je veux dire, c’est que, quand je regarde bien, cette personne n’a pas “voulu” me faire de mal. Elle croyait sincèrement à ce qu’elle disait. Elle est pétrie de préjugés, d’idées préconçues dont elle n’a pas la capacité à sortir. Elle ne dispose pas d’une ouverture d’esprit lui permettant d’accepter que ceux qui n’entrent pas dans le moule de sa propre vision du monde ont aussi droit de cité. Elle croit en sa vision du monde comme étant la vérité absolue. Elle est sûre d’elle et ne laisse la place à aucun doute : elle a raison, et, en vertu de cela, elle se doit de diffuser sa vérité autour d’elle. 

L’amour est patient

Je sais, avec certitude, qu’elle a menti. Je sais aussi que ce n’est pas la première fois. J’ai eu vent, entre temps, d’autres frasques de cette même personne qui ont fait du tort à d’autres avant moi. Peut-on dire pour autant qu’elle soit foncièrement mauvaise ? Je ne le crois pas. Elle n’est pas méchante : elle est simplement convaincue qu’elle a raison, persuadée qu’elle se doit d’agir comme elle le fait, et cela pour le bien de l’Eglise. Je pense que, foncièrement, elle souhaite rendre service au Corps du Christ. Elle est pleine de maladresse et peut vraiment offusquer ceux à qui elle s’attaque, mais je crois que sa motivation profonde n’a rien de mauvais.

Je crois qu’il est important, primordial, de discerner la personne de ses actes. Oui, elle fait du mal autour d’elle. Mais elle n’est pas intrinsèquement méchante. Cette prise de conscience était la première étape de mon cheminement : comprendre que cette personne n’avait pas agi “contre moi”, mais “pour l’Eglise”. A partir de là, j’ai pu ouvrir mon cœur pour en faire un canal de l’amour de Dieu, et j’ai réussi à prier pour cette personne, à la confier au Seigneur.

Garder son cœur ancré dans le Seigneur

Jésus porte sa croixLa seconde étape a été de comprendre qu’en m’attachant à ce qu’avait dit de moi cette personne, je m’étais centrée sur moi-même au lieu de me tourner vers Jésus. N’a-t-il pas souffert pour moi ? N’a-t-il pas montré combien il m’aimait en acceptant de mourir pour moi ? Et moi, j’étais là, à me poser des questions sur moi et sur ce que pouvait penser cette femme ! A me morfondre au lieu de remercier le Seigneur pour l’amour infini dont il me comble à chaque instant ! Jésus m’aime, pourquoi me désespérer à cause des propos d’une femme à mon encontre ? Jésus attend seulement de moi que je l’aime ! 

… Et c’est là que j’en viens à la troisième étape de mon cheminement intérieur… Je suis allée adorer le Seigneur dans le Saint Sacrement, je me suis laissée aimer par lui, et j’ai ouvert mon cœur pour l’écouter me parler. Et il m’a parlé ! Et j’ai compris une chose qui va paraître complètement évidente, et pourtant, j’avais besoin que Jésus me le dise lui-même. 

En n’ouvrant pas mon cœur à cette femme, en ne l’aimant pas, c’est lui que je n’aimais pas. Car il vit en elle ! Il est là, présent, en chacun de nous, et à chaque fois que je n’aime pas quelqu’un, c’est lui que je n’aime pas ! A chaque fois que j’offense quelqu’un, c’est lui que j’offense ! A chaque fois que je ne … m’aime pas, c’est lui que je n’aime pas ! 

Aimez-vous les uns les autres

“Aimez-vous”, nous dit Jésus, oui, aimons-nous ! Aimons-nous parce qu’il vit en nous ! Parce qu’en chaque personne que je rencontre, c’est le Seigneur lui-même qui vient à ma rencontre ! En chaque personne ! Et il est bien présent en “Madame” ! Si je garde de l’aversion, de la rancoeur pour cette personne, je ne l’aime pas en Christ. Que je le veuille ou non, nous sommes soeurs en Christ. Christ est vivant, et il vit en elle comme il vit en moi.

Or, Jésus ne nous a-t-il pas dit que, “si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut pas tenir” (Mc 3, 24) ? Alors, en n’aimant pas ma soeur en Christ, je contribue à l’effondrement du Royaume de Dieu en entretenant la division ! Cela a été une prise de conscience absolument vertigineuse ! En n’aimant pas l’autre, en lequel Jésus vit, je sers le diviseur ! Et c’est l’exact inverse de ce que je souhaite ! Jamais de la vie je ne souhaite servir le malin, ce serait dramatique pour moi ! Mon rôle de fille de Roi n’est pas de me battre contre les personnes qui me font du mal : mon rôle est de voir Jésus en ces personnes, et, en le voyant en elles, de tâcher autant que faire se peut de le leur mettre en lumière ! 

Alors j’ai décidé d’équiper mon regard d’un filtre d’amour supplémentaire. Ce filtre me permet de chercher Jésus en l’autre. Cela fait bien longtemps que je cherche ce filtre, mais là, il m’est tombé dessus comme une absolue nécessité. Je le croyais important, je le crois aujourd’hui indispensable et absolument nécessaire ! Ce filtre permet de contribuer à étendre le Royaume ! Ce filtre permet au Royaume de se bâtir dans la paix ! 

Aimer comme Dieu nous aime

J’ai expérimenté mes nouvelles lunettes d’amour avec “Madame”, je vous les conseille !! Je me sens en paix avec cette femme. Avant d’adopter ce nouveau regard, j’étais retournée à la messe en semaine, où j’avais vu cette personne, et j’avais fondu en larmes. Rien que de la voir, cela venait remuer le couteau dans la plaie encore béante de mon cœur. Désormais, je sais ce qu’elle pense, elle sait aussi ce que moi, je pense, et nous savons toutes les deux que nous ne sommes pas d’accord. Mais je sais aussi qu’aucun de nos deux avis n’a plus d’importance que l’autre. J’accepte que nous soyons différentes, et quand je la vois désormais, je tâche de me connecter à Jésus en elle. Et ainsi, je peux me sentir parfaitement en paix quand je suis en sa présence. 

Elle est, comme moi, une enfant de Dieu. Suis-je parfaite ? Certainement pas, et j’en suis bien loin ! Alors qui serais-je, moi, pour la juger ? Je ne suis personne pour cela ! Au contraire, je me sens pleine de compassion, parce que je sais ô combien le combat est difficile pour se faire toujours plus petite, pour laisser son humanité s’effacer progressivement pour laisser le Christ prendre de plus en plus de place. 

Alors, aujourd’hui, quand je vois l’attitude de cette personne, je ne m’en offusque plus. Je souris, presque attendrie. Je vois en elle une humanité qui peine à s’humilier pour laisser la place au Christ. Elle aime Jésus, mais il me semble qu’elle n’a pas pleinement conscience qu’il vit en elle, et qu’elle a du mal à le laisser s’exprimer par elle. Devrais-je la critiquer pour cela ? En aucun cas ! Moi aussi j’ai du mal à laisser Jésus rayonner au travers de moi à chaque instant ! Alors j’entre en compassion avec elle, et, surtout, j’entre en connexion avec Jésus. Il est en moi, il est en elle, et je choisis d’aimer Jésus en elle. 

Se faire le canal de l’amour de Dieu

Cela ouvre le canal que je suis. Je laisse Jésus déverser en moi tout son amour, et je laisse filtrer, autant que possible, cet amour, pour qu’il parvienne jusqu’à elle et jusqu’à tous ceux qui ne se laissent pas traverser par l’amour de Dieu. Je suis fille de Dieu, et, en tant que telle, je me dois d’essayer autant que possible de ressembler à mon Père. Or, Dieu porte sur nous un regard plein d’amour, quoi que nous fassions. Quelles que soient nos erreurs, il nous pardonne. Il nous aime tels que nous sommes. Est-ce que ce n’est pas là ce que, moi aussi, je devrais faire avec les personnes qui m’offensent en général, et avec “Madame” en particulier ?

L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.” (1 Co 13, 4-7) Est-ce que ce ne serait pas là ce à quoi nous devrions veiller pour “aimer comme Dieu nous aime” ? Porter sur l’autre un regard plein d’amour, patient, compatissant, humble, confiant, vrai ? 

Dans la vie, nous avons toujours le choix. Nous ne pouvons pas changer les événements, mais nous pouvons changer le regard que l’on porte dessus. En choisissant de changer mon regard sur les agissements de “Madame”, je commence à apercevoir de très loin des bribes de ce que pourrait être “aimer comme Dieu nous aime”. Porter sur l’autre ce regard d’amour fraternel, quels que soient ses agissements, et garder confiance en l’amour de Dieu pour chacun de nous ?

Laisser le Christ vivre en nous

Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi.” (Ga 2, 20) Je ne suis pas aussi avancée que saint Paul, bien entendu, j’en suis même très loin. Mais j’essaie autant que je le peux de mettre en pratique ces versets. J’aspire vraiment à laisser au Christ toute la place, à le laisser rayonner au travers de moi pour permettre à d’autres d’accéder à l’amour de Jésus.

C’est l’objet d’une de mes prières du matin : “Éclaire en te servant de moi et prends possession de moi de sorte que toute personne que j’approche puisse sentir ta présence en moi. Qu’en me regardant, ce ne soit pas moi qu’on voie, mais toi en moi. Demeure en moi. Ainsi je resplendirai de ta splendeur et je pourrai servir de lumière pour les autres. Mais cette lumière aura sa source uniquement en toi, Jésus, et il ne viendra pas de moi le plus petit rayon. Ce sera toi qui éclaireras les autres en te servant de moi” (prière du saint cardinal Newman).

Tout est grâce

Aimer comme Dieu nous aimeTout est grâce, oui, c’est sainte Thérèse qui le disait, et si l’on s’attache à voir la vie de cette façon, nous percevons davantage encore les cadeaux de Dieu. Ce que j’ai pris, en premier lieu, pour une attaque, a donné un fruit incroyable ! Grâce à cette femme et à ses remarques acerbes, j’ai grandi dans la foi et dans l’amour de Dieu ! Je me sens plus proche encore du Seigneur, et il a ouvert mes yeux et mon coeur à la réalité de sa présence en nous et partout ! Grâce à cet événement douloureux, j’ai commencé à toucher du bout du doigt ce que peut vouloir dire “aimer comme Dieu nous aime” ! Par cette épreuve, ma foi et mon amour pour le Seigneur ont fait un bond en avant !

Et vous voulez savoir une chose merveilleuse ? C’est que, plus j’aime le Seigneur, et plus je l’aime !! Oui oui, vous avez bien lu, ce n’est pas une erreur ! Plus j’aime le Seigneur, et plus mon amour pour lui augmente et me remplit ! L’aimer, vraiment, dans les autres, augmente mon amour pour lui : plus je l’aime dans les autres, et plus je l’aime tout court ! Plus je l’aime, et plus je ressens son amour infini pour moi ! Son amour fait bondir mon cœur et me bouleverse ! Je me consume d’amour pour Jésus qui m’aime tant ! 

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