Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter ça ?
Cette phrase que certains éructent volontiers lorsqu’ils ont l’impression que le mauvais sort s’acharne sur eux, je la murmure, moi, tout au fond de mon cœur. Mais qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour mériter cela ? Qu’est-ce qui a motivé ce que je vis ? Pourquoi moi ? Mais, ne nous y trompons pas. Pour moi, cette phrase n’a rien de négatif. Bien au contraire ! Qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour recevoir mille grâces au quotidien ? Comment se fait-il que je reçoive toutes ces bontés de Dieu ? Parfois, quand j’y pense, cela me laisse perplexe…
Origines improbables
Rien ne me prédestinait à une telle foi. Rien ne laissait présager que, moi, petite chose insignifiante, j’aurais un jour cette force en moi. Rien ne pouvait laisser augurer que je recevrais tant de grâces.
Née dans une famille agnostique, voire farouchement opposée à la religion catholique en particulier, et à la religion “tout court” en général, j’ai pourtant reçu le baptême lorsque j’étais toute jeune enfant, peu après mes 1 an. Pourquoi des parents opposés au catholicisme m’auraient-ils fait baptiser ? Probablement un peu par tradition, et un peu pour faire plaisir à ma grand-mère, croyante.
Une foi vivement contestée
Du plus loin que je me souvienne, la foi de ma grand-mère a toujours été critiquée dans ma famille. Elle se faisait réprimander parce qu’elle passait trop de temps à l’église. Elle se faisait tarabuster parce qu’elle comptait des prêtres parmi ses amis. Elle se faisait moquer pendant qu’elle assistait aux offices. Oh, jamais rien de vraiment méchant, mais des moqueries un peu condescendantes, laissant entendre la naïveté dont elle faisait preuve en croyant à ces sornettes. Ah, les belles histoires qu’on lui racontait, et auxquelles, candide, elle croyait !
Voilà dans quelle ambiance j’ai grandi. Chez mes grands-oncles et grandes-tantes, voilà comment on parlait de la seule personne croyante de la famille. Mon propre parrain était, je crois, le plus incisif dans ses remarques. La foi était une grande fable que d’aucuns se racontaient pour se rassurer, et le pire, c’est qu’il existait encore des personnes pour se raccrocher à ces balivernes !
Chez mes parents, ce n’était pas aussi caustique. Au mieux, on n’en parlait pas. Au pire, on faisait gentiment passer ma grand-mère pour une innocente petite fille qui croit un peu trop à la véracité des contes populaires.
Mes débuts à l’église… par compassion
Du côté de ma grand-mère, je savais combien c’était important pour elle, et, de tout temps, j’ai toujours ressenti une profonde tristesse en entendant les moqueries des membres de sa propre famille – son fils, son frère, sa belle-famille ! Lorsqu’elle venait passer quelques jours chez nous, quand j’étais enfant, je la suivais souvent à la messe le dimanche, dans un esprit de réparation. Je m’y ennuyais ferme, et on ne peut pas dire qu’elle partageait beaucoup de ce qu’elle y recevait, mais, par amour pour elle, je m’y rendais quoi qu’il m’en coûte, parce que je voulais lui montrer qu’elle avait au moins un soutien dans la famille, quelqu’un qui ne se moquait pas d’elle pour sa foi. Je me souviens que mes frères l’y accompagnaient aussi parfois. Nous n’avons jamais parlé ensemble de leurs motivations.
Tout en écrivant cela, je me rends compte que, peut-être, venait de là le fait que je me cachais pour prier lorsque j’étais enfant, et, bien plus tard, le fait que j’aie vécu comme une sorte de coming out le fait d’annoncer à mon entourage – et en particulier ma propre famille : mes parents et mes frères – que je préparais ma confirmation, et que j’avais trouvé le chemin de l’Église.
La foi : mon pilier
J’ai trouvé le chemin de l’Église. La foi s’est immiscée en moi, ou m’est tombée dessus d’un seul coup – ou peut-être bien un peu des deux ! Puis, une fois la graine semée, elle a germé, pour devenir ce qui, aujourd’hui, est le plus important pour moi. Une foi profonde, bien que malheureusement vacillante et fragile, vulnérable aux intempéries. Mais une foi malgré tout bien ancrée en moi, et qui représente aujourd’hui ma priorité absolue.
Pourquoi moi ?
Alors, pourquoi moi ? Moi qui ai grandi avec deux frères, l’un plus jeune, l’autre plus âgé, et qui suis la seule à avoir été touchée par cette grâce ? Nous avons pourtant été élevés dans la même famille, avec les mêmes parents, avons reçu la même éducation. Nous avons assisté aux mêmes moqueries vis-à-vis de ma grand-mère, et nous avons aussi assisté aux mêmes messes en l’accompagnant aux offices du dimanche. Moi qui ai grandi sous le regard du fils de ma grand-mère, lui qui l’a vue œuvrer pour sa foi d’année en année depuis tout petit, lui aujourd’hui si farouchement opposé à tout ce qui peut s’approcher de près ou de loin de ce qui se nomme “religion”.
Baptisée, j’ai reçu l’Esprit Saint, et aujourd’hui, je reste persuadée que cela a eu une importance capitale dans l’évolution de mon âme sur son chemin vers Dieu. Pourtant, cela n’a pas tout fait. Sinon, mes frères, baptisés eux aussi, auraient reçu la foi également. Mon plus jeune frère est complètement indifférent à toute religion quelle qu’elle soit. Mon frère aîné, lui, s’y oppose peut-être encore plus opiniâtrement que mon père ! Mon propre père aussi a été baptisé, et a reçu une éducation religieuse, contrairement à mes frères et moi. Et pourtant, cela ne l’empêche pas de tourner en dérision avec insistance tout ce qui concerne la foi catholique.
Alors quoi ? Que s’est-il passé ?
Comblée de mille grâces
Ma vie de foi, ma vie de prière, ma vie de méditation de la Parole, ma vie de recherche de la présence de Dieu me nourrit, me remplit, m’enthousiasme et me comble à tel point, que je ne comprends pas comment d’autres peuvent être indifférents ou même complètement hermétiques à une telle grâce !
Alors pourquoi moi ? Pourquoi moi parmi toute cette famille incroyante et hostile à la foi ? Pourquoi moi parmi toutes ces personnes athées que je croise au quotidien ? Et, sans vouloir critiquer, loin de moi l’idée de juger qui que ce soit, mais j’ai envie d’ajouter : pourquoi moi, qui suis arrivée si tard dans l’Église, parmi certains frères et sœurs en Christ qui reçoivent les enseignements de l’Église depuis si longtemps et restent pourtant bien tièdes dans leur foi ?
Source jaillissante
Pourquoi est-ce que je reçois toutes ces grâces ? Pourquoi ai-je la chance de vivre une foi si profonde ? Pourquoi est-ce que j’ai cette aspiration si intense en moi, celle de rechercher Dieu à chaque instant ? Pourquoi ai-je cette soif intarissable d’entrer en contact avec lui par tous les moyens à ma disposition : prière, lecture des Écritures, méditation de la Parole, sacrements offerts par l’Église et notamment l’Eucharistie… ? Pourquoi est-ce que j’ai ce profond désir ancré en moi de faire tout ce que je peux pour plaire à Dieu ? Pourquoi est-ce que j’aime autant Dieu – tout en ayant constamment l’impression de ne pas l’aimer assez ? Pourquoi Jésus me fait-il sentir si souvent sa présence aimante ? Pourquoi ai-je la faveur immense de saisir certaines réponses à mes prières ? Pourquoi suis-je si sensible à la beauté de la Création qu’il ne se passe pas une seule journée sans que j’en remercie notre Père ?
Dieu est amour
Quand on demande ce qu’on a fait au bon Dieu pour “mériter ça”, dans l’expression populaire de mécontentement, l’on répond habituellement que nous n’avons rien fait, que Dieu est amour et ne punit pas, et qu’il n’y a pas lieu de se poser cette question. Pour ma part, lorsque je me pose cette question dans le sens positif des termes, je peux me répondre la même chose à moi-même : parce que Dieu est amour ! Je ne crois pas que qui que ce soit “mérite” quoi que ce soit venant de Dieu ! Je crois, justement, que nous ne méritons rien, et que Dieu nous offre tout, simplement par amour pour nous !
Mais pourtant, tout ce que je reçois, je persiste dans mon questionnement : pourquoi moi je le reçois, et pourquoi pas mes frères, pourquoi pas mes parents, pourquoi pas ma famille, les frères et sœurs de ma grand-mère ? Si Dieu nous aime tous profondément, ce dont je suis convaincue, pourquoi eux ne reçoivent-ils pas aussi ce merveilleux cadeau de la foi ?
Disciple missionnaire ?
J’en viens à penser que, peut-être, j’ai une responsabilité. Peut-être Dieu m’offre-t-il ces grâces pour que j’en fasse bon usage : que je les partage, que, à mon contact, les autres en viennent à sentir sa présence en moi et se laissent toucher par lui ? S’il a fait grandir ma foi en une terre si aride, ce n’est probablement pas pour rien, il y a forcément une raison.
Mais quand mon cerveau tourne cette idée dans ses circonvolutions, je prends peur ! Je ressens un profond vertige ! Je me sens comme Moïse lorsque Dieu l’envoie : “Pardon, mon Seigneur, mais moi, je n’ai jamais été doué pour la parole, ni d’hier ni d’avant-hier, ni même depuis que tu parles à ton serviteur ; j’ai la bouche lourde et la langue pesante, moi !” (Ex 4, 10), ou encore Jérémie, “je ne sais pas parler, je suis un enfant !” (Jr 1, 6) ! Pour le coup, j’ai envie de pleurnicher “mais pourquoi moi ??” !
“Ne crains pas : je suis avec toi” (Es 41, 10)
Alors, comme la réponse à toute question est l’amour, en confiance, j’essaie de vivre de l’amour de notre Seigneur. Je tâche de laisser Dieu s’exprimer en moi, même si mon orgueil d’être humain a trop souvent bien du mal à lui laisser toute la place – ou, devrais-je dire si j’étais parfaitement honnête : “à lui laisser ne serait-ce qu’un peu de place” ! Je me dis, comme Dieu a répondu à Moïse ou à Jérémie, qu’il mettra ses mots dans ma bouche, je n’ai rien à faire, juste à le laisser agir en moi. Je devrais, comme Paul, “ne pas placer [ma] confiance en [moi-même], mais en Dieu” (2 Co 1, 9).
“Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche publiera ta louange !” (ps 50, 17)
Alors voilà, peut-être est-ce pour cela que j’ai la grande chance de recevoir mille grâces, d’avoir reçu la foi au milieu d’un désert hostile et de percevoir la présence de Dieu à mes côtés chaque jour. Ne dit-on pas “rendre grâces” ? Je reçois des grâces, n’est-il donc pas normal que je doive “rendre grâces”, offrir au monde ce que je reçois ? Travailler pour Dieu grâce aux dons qu’il me fait ? Je reçois des talents, n’est-il pas normal que je les fasse fructifier ?
Et quand je me désespère de ne rien voir bouger autour de moi, quand je me désole de ce que les personnes de ma famille ne changent pas un iota de leur position par rapport à la foi, quand je m’inquiète de voir que, bien que je me fasse aussi petite que possible pour laisser Dieu s’exprimer par moi, mon entourage ne déroge pas à son incroyance, peut-être devrais-me rassurer en écoutant Jésus me dire lui-même “Amen, je vous le dis : aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays.” (Lc 4, 24)
Que cela ne m’empêche pas de persévérer dans la recherche ininterrompue de Dieu dans ma vie, dans ma quête de le laisser agir en moi et par moi ! Que mes questionnements n’empêchent pas ma gratitude, et que cette gratitude soit un moteur pour laisser Dieu s’exprimer par moi !
Entrée dans l’Avent, le temps de l’attente
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2 commentaires
Adriana
Merci pour ce si beau témoignage de foi et d’amour envers Dieu, Aurélie ! Quelle inspiration. Que le Seigneur te bénisse et t’aide à avancer, dans ton chemin de foi et l’espérance, et à rayonner au tour de toi Son amour, Sa miséricorde et Sa paix.
Aurélie
Oooh merci Adriana, pour ce commentaire qui m’aide à avancer ! Que Dieu te bénisse en abondance ! 🙂