Sainte Thérèse de l'enfant Jésus | La voie de l'enfance spirituelle
CHRÉTIENS REMARQUABLES

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus | La voie de l’enfance spirituelle

Il m’a été demandé il y a quelque temps de conter la vie de sainte Thérèse de Lisieux. On m’avait accordé 10 minutes – un quart d’heure, pas plus ! Comment résumer la vie de cette grande sainte en si peu de temps ? Moi qui me sens très attachée à elle et à sa pensée spirituelle, j’ai dû faire des choix pour essayer de transmettre des points qui me semblaient importants, et laisser de côté d’autres aspects de sa vie et de sa spiritualité. Comme nous l’avons entendu ce week-end à la Conférence Lyon-Centre, choisir, ce n’est pas renoncer : choisir, c’est préférer. Alors voilà : je me suis attelée à sélectionner mes points préférés dans la vie de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, et à retranscrire cela au mieux pour raconter de façon suffisamment vivante la vie de la petite sainte de Lisieux.

Depuis, j’ai eu l’occasion plusieurs fois de raconter la vie de la sainte qui nous a transmis sa voie de l’enfance spirituelle. En toute fin d’article, vous trouverez une vidéo qui a été faite d’une de ces contées – ce n’est certes pas la plus vivante à mon goût : c’était ma deuxième expérience de cette contée, qui, du coup, n’est pas complètement aboutie. Je vais tâcher de retranscrire au mieux ci-dessous par écrit ma contée sur la vie de la sainte à la petite voie.

Thérèse retrouve la joie

Vous l’avez entendu ? Vous aussi, vous l’avez entendu, ce petit rire cristallin ? En cette nuit de Noël 1886, un petit miracle vient d’avoir lieu : Thérèse a retrouvé la joie !

C’est la nuit de Noël. Après la messe de minuit, les gens rentrent chez eux. Le froid s’immisce sous leurs manteaux et quand ils parlent, de petits nuages se forment devant leurs visages. Thérèse, son père et ses soeurs, viennent d’arriver chez eux. Aussitôt entrée, Thérèse court à la cheminée pour y déposer ses souliers, dans l’espoir qu’on y dépose un cadeau. La voyant faire cela, du haut de ses 14 ans, son père a un mouvement d’impatience et s’exclame : « heureusement que c’est la dernière année ! ». A ce moment-là, tout se fige et l’ambiance devient glaciale. Les soeurs de Thérèse ont peur qu’elle ne fonde en larmes, comme elle en a l’habitude à la moindre contrariété, et que cela ne vienne gâcher la joie en cette nuit de Noël.

Mais, contre toute attente, c’est exactement l’inverse qui se produit ! Thérèse ne relève pas la remarque de son père. Elle rit et se montre joyeuse toute la soirée. Joyeuse, comme elle l’était avant, il y a une dizaine d’années, avant que sa mère ne meure et n’emporte avec elle toute l’insouciance de cette enfant de 4 ans qu’elle était alors.

Enfance de Thérèse

La Sainte ViergeA la mort de sa maman, Thérèse n’avait que 4 ans, et elle a éprouvé le besoin de compenser cette perte tragique en s’attribuant, l’une après l’autre, chacune de ses deux plus grandes soeurs comme maman de substitution. Mais chacune d’elles est partie, successivement, pour le Carmel. Chacun de ces départs a été un véritable déchirement pour Thérèse. D’ailleurs, quand Pauline, la première des deux à partir, s’est mise en chemin vers le Carmel, cela a été si douloureux pour Thérèse qu’elle en est tombée malade. Personne n’a su diagnostiquer sa maladie. Elle est restée alitée pendant des mois avec des maux de tête terribles. Elle s’alimentait très peu et faisait des crises d’angoisse épouvantables. Il lui arrivait même parfois d’avoir du mal à reconnaître ce qui l’entourait. Mais les médecins ne savaient pas ce qu’elle avait, et personne ne pouvait la guérir.

Le sourire de la Vierge

Par une journée ensoleillée du mois de mai, les soeurs de Thérèse sont très inquiètes. Voilà des mois que dure sa maladie inconnue, et on ne voit pas l’ombre d’une amélioration de sa santé. Alors, effondrées, elles se jettent à genoux au pied du lit de leur jeune soeur, et prient Marie de tout leur coeur. Dans sa maladie, Thérèse a tout de même des moments de lucidité, et, voyant ses soeurs, elle se met à prier la Sainte Vierge avec elles.

Sur sa table de chevet, il y a une petite statuette de Marie. C’est alors que, dans sa prière, Thérèse voit Marie avancer vers elle et lui sourire ! Ce sourire de la Vierge a guéri Thérèse. En quelques jours, elle a repris des forces, et a pu reprendre le cours de sa vie exactement comme si elle n’avait jamais été malade.

« Jésus m’a rendue forte et courageuse »

Jésus et les enfantsMalgré cette grâce, et d’autres joies qui ont émaillé sa vie, Thérèse avait malgré tout gardé un caractère très vulnérable, d’une très grande sensibilité, et son hyperémotivité lui faisait couler des larmes à chaque petite contrariété. C’est la raison pour laquelle ses soeurs, en cette fameuse nuit de Noël 1886, sont très inquiètes à l’idée que la remarque de leur père pourrait faire fondre Thérèse en larmes. Mais finalement, elle sourit, et elle explique qu’elle a pris conscience d’une chose très importante, lors de la messe de minuit, où ils ont pu célébrer le Christ nouveau-né : « alors qu’il s’est fait tout petit, faible et souffrant pour mon amour, il m’a rendue forte et courageuse ».

Et c’est exactement ce qu’il s’est passé. Elle raconte qu’à ce moment-là, elle a compris comment la charité devait s’incarner, comment elle devait s’oublier pour faire plaisir aux autres ! A partir de ce jour-là, elle n’a plus jamais donné libre cours à ses larmes. Cela ne veut pas dire qu’elle n’ait pas souffert. Mais elle a vécu toutes ses souffrances avec une grande paix intérieure.

Thérèse rencontre le Pape

Cette joie retrouvée, c’est peut-être cela qui lui a donné le courage d’aller parler au Pape quelques mois plus tard. A cette époque de sa vie, elle rêve d’entrer au Carmel, elle aussi. Seulement, à même pas 15 ans, tous les hommes d’Eglise auxquels elle en a demandé l’autorisation lui ont répondu qu’elle était bien trop jeune et devait attendre sa majorité. Majorité que l’on n’atteignait alors qu’à 21 ans. Et Thérèse n’a nullement l’intention d’attendre si longtemps !

Alors qu’elle participe à un voyage à Rome, une entrevue avec le Pape est réalisée. Mais ce moment est très rapide, les personnes sont à la file et chacun passe quelques minutes seulement avec le Saint Père. Il a d’ailleurs été formellement interdit à Thérèse de lui adresser la parole. Mais malgré l’interdiction, quand elle se trouve face à lui, elle se jette à ses pieds, et le supplie de lui donner sa bénédiction pour entrer au Carmel à 15 ans.

Le Pape ne lui a pas vraiment donné sa bénédiction. A-t-il eu une influence ? Toujours est-il que, quelques mois plus tard, Thérèse reçoit de son évêque l’autorisation d’entrer au Carmel malgré son jeune âge.

La vie au Carmel

Statue Sainte ThérèseUne fois passées les grilles du Carmel, Thérèse ne se consacre plus qu’à Jésus seul. Elle ne veut bénéficier d’aucun privilège en raison de son jeune âge ou de ses liens avec ses soeurs déjà présentes au Carmel. Elle veut tout vivre exactement comme ses soeurs, prendre part au labeur et à la vie de la communauté de la même façon qu’elle. Elle offre tout à Jésus, ses joies et ses peines, et elle continue à mettre en oeuvre la charité comme elle l’a découverte en cette fameuse nuit de Noël.

La petite voie de sainte Thérèse

Pendant sa vie au Carmel, toutefois, une question la taraude. Parce que Thérèse a un rêve. Ce qu’elle voudrait, c’est devenir une sainte. Mais quand elle lit la vie des saints, elle les voit comme de très hautes montagnes, impressionnantes, et elle-même se voit comme un tout petit grain de sable à côté. Alors elle se demande comment elle pourrait grandir suffisamment pour passer de ce petit grain de sable aux monts les plus hauts, comment atteindre la sainteté, et cela lui semble bien inaccessible !

Elle trouve que l’escalier de la perfection est bien trop compliqué à gravir, alors elle se prend à rêver d’une « petite voie bien droite, bien directe », qui l’emmènerait directement au Ciel. A cette époque, les premiers ascenseurs sont en service, et elle en a vu un fonctionner. Voilà exactement ce qu’il lui faudrait : « moi, il me faudrait un ascenseur qui m’emmènerait directement au Ciel ! ». Mais comment trouver cela ?

L’ascenseur vers le Ciel

Livre des ProverbesFinalement, elle trouvera sa réponse dans la Bible, dans le livre des Proverbes : « si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi ». Ce verset est une illumination pour Thérèse ! Elle comprend qu’elle n’a pas besoin de grandir, au contraire : elle doit rester petite, et se faire le plus petite possible, encore plus petite que le grain de sable ! Car c’est cela que Dieu veut : que l’on s’abaisse devant lui autant que possible, et ainsi, que l’on s’abandonne complètement à lui avec la confiance d’un enfant pour son père !

Et, quand on s’abaisse devant lui, quand on place en lui seul toute notre confiance, c’est alors que Jésus nous prend dans ses bras, et ce sont ses bras qui sont notre ascenseurs vers le Ciel ! La petite voie, c’est de s’abandonner avec confiance dans les bras de Jésus pour qu’il nous emmène directement au Ciel. C’est ce que Thérèse nous a laissé comme sa « petite voie », la voie de l’enfance spirituelle : se faire comme un enfant dans les bras de son père.

« Ma voie est sûre »

Quelques mois avant sa mort, Thérèse a promis à sa soeur Pauline, mère Agnès de Jésus, qu’elle ne nous laisserait pas dans le doute et l’ignorance. Elle lui a dit que, quand elle serait au Ciel, si elle s’était trompée, elle reviendrait le lui dire. Mais que, si sa petite voie était sûre, elle reviendrait aussi le lui dire. Quelques années après sa mort, une religieuse italienne a envoyé un courrier à sa soeur pour lui raconter un miracle qui avait eu lieu par l’intercession de sainte Thérèse.

Mais en post-scriptum, elle lui raconte ce qui, pour elle, n’est qu’une anecdote, mais qui va marquer profondément mère Agnès de Jésus : elle lui raconte qu’elle a fait un rêve, et dans ce rêve, elle mettait en garde Thérèse pour qu’elle ne se trompe pas de chemin. Et, alors, Thérèse lui a répondu : « Non non, ma fille, ma voie est sûre : je ne me suis pas trompée » ! Pauline est alors évidemment bouleversée car elle voit là, directement, le fait que Thérèse est bien revenue lui confirmer, comme elle le lui avait promis, que sa petite voie était sûre, et qu’elle n’était pas dans l’erreur !

Passion de l’âme

Mais, pendant sa vie au Carmel, Thérèse n’a pas eu que des joies. Elle a aussi eu des épreuves, et notamment deux très lourdes : une passion de l’âme, et une passion du corps.

Sa passion de l’âme, c’est ce que Thérèse appellera la nuit de la foi. Voilà comment elle explique ce phénomène : c’est comme si l’on vivait dans un pays toujours ensoleillé, où on voit la lumière du soleil à chaque instant, où l’on sent en permanence sa chaleur et où on bénéficie à tout moment de la joie procurée par tout cela. Et c’est comme si, d’un seul coup, des ténèbres venaient obscurcir ce pays. Comme si, soudain, on n’y voyait plus rien d’autre que les ténèbres. Plus de lumière, plus de chaleur ! On sait, pourtant, que le soleil est bien présent derrière ces ténèbres, mais on ne ressent plus sa chaleur, on ne voit plus sa lumière. On sait qu’il est là, mais on n’accède plus à son réconfort, au bien-être qu’il nous procure.

La nuit de la foi, c’est la même chose : elle sait que Jésus est là, toujours, à chaque instant, mais elle ne ressent plus le réconfort de son amour, elle ne ressent plus l’amour qu’il lui prodigue. Elle sait ô combien elle est aimée de Jésus, mais elle n’accède plus aux bienfaits de son amour pour elle.

« Tout est grâce »

Et pourtant, a-t-elle seulement arrêté de croire ? De prier ? De dire à Jésus son amour pour lui ? A aucun moment ! Au contraire ! Elle ne s’est jamais découragée. Dans cette épreuve, elle s’est sentie plus proche de ceux qui ne connaissent pas Jésus, qui ne croient pas en lui, et, comme elle a compris ce qu’ils vivaient, elle a eu à coeur de prier avec plus de ferveur pour eux. Priant davantage pour eux, pour qu’ils rencontrent Jésus, elle a transformé l’épreuve en grâce.

Car, pour Thérèse, tout est grâce, que ce soient les joies ou les combats. Chaque épreuve est là pour nous faire grandir, et, si l’on sait la prendre du bon côté, alors nous pourrons voir qu’avec Dieu, tout est toujours une occasion de grandir dans la foi et dans l’amour du Père.

Passion du corps

Un matin de vendredi saint, comme à son habitude, Thérèse se lève tôt. Mais ce jour-là, elle a le pressentiment que quelque chose d’heureux va arriver, qu’elle va recevoir une bonne nouvelle. Voilà quelques semaines déjà que Thérèse tousse, de plus en plus. Et ce matin-là, quand elle tousse dans son mouchoir, il en ressort maculé de sang. Est-ce source d’inquiétude pour elle ? De tristesse ? De peur ? Absolument pas, bien au contraire : ce sang est pour elle la confirmation de son intuition ! La voilà, sa joyeuse nouvelle : bientôt, elle va rejoindre Jésus, et pour elle, c’est une joie immense !

La mort ne lui fait pas peur ! Quelques mois avant sa mort, elle dira d’ailleurs « je ne meurs pas, j’entre dans la vie ! ». C’est dans cet état d’esprit qu’elle va vivre toute sa maladie. Bien sûr, elle a souffert, vécu l’asphyxie progressive, l’oppression respiratoire, la douleur… mais elle n’a jamais laissé voir à ses soeurs combien elle souffrait, jamais elle ne s’est plainte.

« Je ne meurs pas, j’entre dans la vie »

Le soir où elle entre en agonie, à un moment, elle laisse tomber sa tête sur l’oreiller. Les deux soeurs qui la veillent à ce moment-là croient alors qu’elle a rendu l’âme, elles vont alors sonner les cloches du Carmel pour que toutes les soeurs viennent veiller le corps.

Mais quand elles sont toutes là, Thérèse relève la tête et rouvre les yeux. Sur son visage, plus une trace de fatigue, plus une trace de souffrance. Au contraire, elle a les traits reposés, le visage serein. Elle fixe alors un point, droit devant elle, les yeux pétillants de joie. Un sourire s’affiche sur son visage. Et c’est dans ce sourire qu’elle s’éteint pour aller rejoindre le Seigneur.

Et depuis, comme elle l’a promis durant sa vie terrestre, elle passe son Ciel à faire du bien sur la Terre.

 

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