Recevoir le sacrement de Réconciliation
Aller à confesse, comme on disait dans l’ancien temps : mais quelle idée ! Entre ceux qui estiment qu’ils sont en lien direct avec Dieu et qu’il n’y a donc pas besoin de confesser ses péchés à un homme, et ceux qui imaginent ce moment comme une vaste hypocrisie, permettant, sous prétexte d’avoir avoué ses fautes, de repartir pécher de plus belle, les idées reçues sur la confession ont la vie dure ! Il ne s’agit pas simplement d’aller raconter ses méfaits et de repartir, satisfait, reprendre sa vie comme si de rien n’était ! Nous parlons là de recevoir le pardon de Dieu par le biais du sacrement de Réconciliation ! Et, comme tout sacrement, il transforme l’être en profondeur. Gros plan sur la réconciliation.
Le sacrement de Réconciliation
Préparer le sacrement
Pour moi, la foi est encore récente, et je dois bien avouer que, la première fois que je suis allée me confesser, c’était par obligation ! 2015 : le sacrement de la confirmation et ma toute première communion approchent à grands pas, et, pour pouvoir me présenter à ces sacrements, on me demande d’aller me confesser avant. Lorsque j’ai su cela, c’était un peu le chaos dans mon cœur : quoi ? Aller raconter à un prêtre ce que j’avais pu faire de mal ?! Rien que l’idée me faisait frissonner ! A l’intérieur, un mélange de honte et de repli sur soi-même se disputaient mon cœur ! Je n’avais absolument aucune envie d’aller raconter ma vie à un prêtre ! En quoi cela le regardait-il ? Si j’avais cette réaction épidermique, c’est que je n’avais pas encore saisi le sens de ce sacrement, ni le rôle du prêtre dans tout cela.
En tout cas, mon premier questionnement, passée la surprise, a été de me demander ce que j’allais bien pouvoir dire ! Car, bien entendu, on ne peut pas arriver devant le prêtre sans savoir ce que l’on va dire ! Alors, il y a nécessité de se poser, de faire une relecture de sa vie pour y voir les sources de péché, de demander l’aide de l’Esprit Saint pour discerner, regarder sa vie à l’aune de l’amour de Dieu pour nous. Mais au-delà d’une recherche intellectuelle, il s’agit vraiment d’aller creuser son cœur : nous en reparlerons plus bas.
Pourquoi se confesser à un prêtre et pas directement à Dieu lui-même ?
Une autre question qui a envahi mon cœur à ce moment-là a été de savoir pourquoi donc aller voir un prêtre ? Ne peut-on pas se contenter d’aller s’agenouiller devant le Saint Sacrement pour demander pardon à Dieu ? Pourquoi passer par un « intermédiaire » ? Après tout, d’aucuns diront qu’il vaut toujours mieux s’adresser à Dieu qu’à ses saints – et, a fortiori, qu’à ses prêtres !
Demander pardon au Christ
Je commencerai par un point qui me semble crucial : lorsque nous venons humblement demander pardon devant le prêtre, ce n’est pas au prêtre que l’on demande pardon. C’est au Christ lui-même ! Nous ne nous adressons pas au prêtre : bien sûr, il est là, il nous écoute, il nous engage dans un dialogue et une réflexion qui nous amènent à avancer sur notre chemin et à envisager l’attitude à tenir pour, autant que possible, ne pas reproduire notre péché. Mais, au travers de lui, c’est le Christ lui-même qui est là, qui nous écoute, qui nous parle, qui nous guide et qui nous pardonne !
Le Christ a envoyé les prêtres en mission
Ensuite, chers frères et sœurs en Christ, souvenez-vous, Jésus lui-même a envoyé ses apôtres – et, par extension, leurs successeurs : les prêtres – avec pour mission, entre autres, de remettre les péchés : « Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » » (Jn 20, 21-23) Alors, oui, Jésus lui-même a demandé à ses apôtres cet engagement qu’est celui de pardonner les péchés avec l’aide de l’Esprit Saint.
Le prêtre pardonne au nom du Christ
Saint Paul ajoute « Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation. Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. » (2 Co 5, 18-20)
Eh oui : au travers du prêtre, c’est le Christ lui-même qui vient nous réconcilier avec Dieu ! Le prêtre n’agit pas pour lui-même ni pour sa paroisse : il agit « au nom du Christ » ! Jésus a donné cette mission aux prêtres, et c’est en son nom que le prêtre donne le sacrement de réconciliation. Les prêtres sont ses « ambassadeurs » !
Pourquoi ne pas simplement demander pardon à Dieu ?
La réconciliation est un sacrement, un signe extérieur de la grâce intérieure comme l’explique le site « Liturgie catholique ». Et, lors de ce sacrement, se déroule un dialogue entre le prêtre et le fidèle, et, par là-même, entre Dieu et le croyant. La prière aussi, certes, est un dialogue direct entre Dieu et le croyant, mais on entend rarement Dieu aussi distinctement que lorsqu’il parle au travers de ses ministres que sont les prêtres ! Demander pardon à Dieu est un très beau geste, indispensable même. Mais recevoir le pardon de Dieu au travers de ses prêtres nous fait entrer dans une autre dimension de ce lien subtil avec notre Seigneur.
Préparer son cœur à recevoir la réconciliation
Se rendre compte de ses erreurs
Lorsque l’on a fait une erreur auprès d’un ami, d’un frère, de quelqu’un de proche – ou pas -, on sent du remords, du regret, et on ressent le besoin d’aller demander pardon. Avec Dieu, c’est exactement pareil : si on lui parle souvent par le biais de la prière, si on répond régulièrement à l’invitation à son festin, si l’on a une belle relation avec lui, alors on sentira lorsque notre comportement n’est pas ajusté, que nous ne sommes pas en accord avec lui, avec notre foi, avec l’amour que l’on éprouve pour lui, et alors, on sentira le besoin de lui demander pardon.
Ressentir le besoin de demander pardon
Car, bien au-delà de savoir « ce que l’on va dire », je crois qu’il est extrêmement important de savoir ce que l’on a sur le cœur : l’idée n’est pas tant de se demander ce que l’on va pouvoir « raconter », ce n’est pas une simple question de « contenu ». Avant de reconnaître ses péchés, il s’agit d’avoir conscience de ce qu’est un péché. A mon sens, est péché tout ce qui m’éloigne de Dieu. Tout ce que je ne vis pas avec amour. Tout ce dans quoi je n’intègre pas le Seigneur. Tout ce qui n’est pas en accord avec mon cheminement intérieur de foi et d’amour pour Dieu. Pour pouvoir aller confesser ses péchés, il faut savoir s’observer et se rendre compte que l’on est en train de s’éloigner de Dieu. C’est cela, préparer son cœur : se regarder en toute objectivité, voir ses propres manquements et s’en repentir.
Être contrit
Lorsque je vais me confesser, je dis l’acte de contrition, dans lequel je prononce, entre autres, les mots « j’ai un très grand regret ». Le très grand regret ne peut venir que du cœur ! Et on ne peut éprouver ce « très grand regret » que si l’on a pris le temps de regarder objectivement ce que l’on a fait et si l’on a compris que cela nous a éloignés du Seigneur. Il n’est pas question d’aller se confesser « parce qu’il le faut », « parce que l’Eglise le demande » : bien sûr, c’est bien de faire un retour sur soi quand l’Eglise le demande plus spécifiquement. Mais une demande de pardon de Dieu, au-delà de notre intellect, doit avant tout être une démarche guidée par notre cœur.
Oui, ce qui me semble important, prioritairement, c’est de ressentir, dans son cœur, que l’on s’est mis en défaut par rapport à Dieu, et qu’on a vraiment besoin de lui demander pardon. C’est cela, avoir un « très grand regret ». Il n’y a pas de périodes précises pour demander pardon à Dieu : oui, c’est bien de le faire a minima pendant l’Avent et le Carême comme le demande l’Eglise, mais on peut demander pardon à Dieu tout au long de l’année. Dès lors que l’on ressent ce « très grand regret », alors prenons rendez-vous avec un prêtre, et allons confesser nos errances et manquements à l’amour de Dieu !
Être résolu à évoluer
Dans ce même acte de contrition, on prend « la ferme résolution » de faire tout ce que l’on peut pour ne plus reproduire ce péché. Là non plus, ce ne sont pas des paroles en l’air ! Non, on ne va pas se confesser un peu par superstition, pour éviter la colère de Dieu qui nous en voudrait de ne pas le faire ! Non, on ne va pas se confesser parce que le prêtre a dit qu’il fallait participer à la célébration pénitentielle ! Non, on ne va pas se confesser parce qu’il paraît qu’il faut le faire, que c’est une obligation ! Non, rien de tout cela. On va se confesser parce qu’on ressent dans son cœur que l’on a besoin de demander pardon à Dieu, et, si on est complètement sincère dans notre demande de pardon, alors on a la ferme volonté d’évoluer, pour ne pas à nouveau attrister Dieu.
Spoiler alert : vous retomberez maintes fois dans le même péché !
Eh oui, avoir la ferme intention d’évoluer ne signifie pas que l’on est à l’abri de toute rechute ! N’ayons pas honte : tout Chrétien retombe dans les mêmes péchés, avant de les dépasser. Cela ne signifie pas que l’on ne doive pas essayer d’avancer ! Bien sûr, comme je le disais au-dessus, si l’on regrette sincèrement ses péchés, si on est résolu à les dépasser, on fera tous les efforts possibles. Mais comme nous ne sommes que des êtres humains, il n’est pas rare de chuter à nouveau. Ne nous décourageons pas : retournons demander pardon à Dieu à chaque rechute, et redoublons d’efforts ! Nous finirons par dépasser ce fameux péché… avant de combattre le suivant !
Idées reçues sur la confession
Le sacrement de réconciliation est souvent très mal compris. Il souffre beaucoup d’une réputation complètement erronée, et les idées reçues à son sujet sont nombreuses… En voici quelques-unes.
On confesse ses péchés parce que c’est obligatoire
Vous le savez bien, pourtant : Dieu est amour et miséricorde ! Et Dieu nous laisse le libre arbitre. On ne va pas confesser ses péchés parce qu’il le « faut ». On y va parce qu’on en éprouve le besoin. Parce qu’on se sent triste d’avoir manqué d’amour pour Dieu. En somme, on y va parce qu’on aime Dieu, parce que notre relation à Dieu est importante pour nous et parce qu’on ne veut pas laisser quelque ressentiment que ce soit s’immiscer entre Dieu et nous.
Le prêtre qui reçoit notre confession va nous juger
En aucun cas ! Il n’est pas là pour cela. Il sait bien que nous, créatures, sommes faibles, parce qu’il est lui-même un homme et fait lui-même des erreurs ! D’ailleurs, il va lui-même confesser ses propres péchés ! « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ! » ( Jn 8, 7) Non, il est là pour écouter, dialoguer, et pardonner au nom de Jésus. Souvenez-vous : il agit au nom de Jésus ! Jésus nous juge-t-il ? Le prêtre, qui agit en son nom, non plus. Nous ne venons pas assister à notre propre procès ! Nous venons recevoir le pardon de Dieu.
Je vais avoir honte de confesser mes péchés
Ce n’est pas toujours évident de confesser ses péchés, je vous l’accorde. Comme l’a si bien dit le prêtre dans une homélie de début de Carême, tels Adam et Ève juste après avoir croqué la pomme tentatrice du serpent, nous nous voyons nus lorsque nous venons confesser nos péchés : nous sommes vulnérables ! C’est sûr que ce n’est pas simple. Mais n’ayons jamais honte. Voyons vraiment dans ce sacrement tout l’amour que Dieu a pour nous. Dieu n’est-il pas « tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour » (ps. 102, 8) ? Nous venons implorer son pardon, et il nous l’accorde. Nous repartons avec un coeur neuf et des pistes de réflexion pour avancer : Dieu nous aime et veut uniquement notre bonheur ! “Car tu es bon, Seigneur, tu pardonnes, Tu es plein d’amour pour tous ceux qui t’invoquent” (Ps. 86, 5).
La confession est une autoflagellation
Il ne s’agit pas de se blâmer, mais de prendre ses responsabilités. Se regarder en vérité, observer son comportement et comprendre ce qui, dans notre attitude, a pu déplaire à notre Père, l’offenser, lui faire de la peine. Et, plutôt que de se fustiger soi-même, il s’agit plutôt d’aller, de façon très simple, déposer dans le cœur de Dieu que nous avons pris conscience du caractère attristant de notre attitude. Pas la peine de se critiquer vertement, ce n’est pas ce que Dieu attend de nous. Il attend que nous grandissions dans la foi, que nous soyons capables de voir les choses objectivement, et que nous repartions le cœur vaillant, prêts à faire des efforts pour faire mieux dorénavant.
Pourquoi confesser ses péchés ?
Confesser ses péchés renforce la foi
« Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. » (2 Co 12, 10) De façon étonnante, dans cette situation de vulnérabilité, notre foi se trouve renforcée. Parce que je suis systématiquement pardonnée, et que je le ressens profondément, ma confiance en Dieu grandit. Jamais il ne me laisse me noyer dans mes larmes de regret : toujours il pardonne, inlassablement, même si je confesse mille fois le même péché. Je me sens si aimée, comment ne pas l’en aimer davantage encore ? Et comment ne pas avoir envie de redoubler d’efforts pour ce Père si aimant ? Oui, le pardon de Dieu me renforce, raffermit ma foi et fait grandir mon amour pour lui. Je repars vaillante, légère et prête à chanter ses louanges !
La réconciliation nous rend plus forts
Une fois le pardon de Dieu reçu, je me sens lavée, et prête à affronter le monde à nouveau. Je repars le cœur en joie et la tête haute. L’adversaire ne me fait plus peur, quand j’ai reçu le pardon de Dieu. Car, qu’est-ce donc que le péché, si ce n’est la facilité à tomber dans le piège tendu par l’ennemi ? Je me sens d’attaque, prête à parer les assauts du malin ! Car, je le sais, à la fin, c’est l’amour qui gagne ! Et quand je suis pardonnée par Dieu, je suis enveloppée de son amour, je me sens protégée : je me sens forte ! « Je ne suis plus esclave de la peur : je suis enfant de Dieu ! »
Le pardon de Dieu nous rend plus aimants
Parce que je sais que je vais être pardonnée n’implique pas que je fasse n’importe quoi derrière. Dans la cour de l’école, il n’est pas rare que deux enfants viennent, l’un se plaignant que l’autre l’ait tapé, le deuxième clamant « oui, mais je lui ai dit pardon ! ». Combien de fois ai-je alors demandé au deuxième : « parce que tu lui as dit pardon, cela te donne le droit de le taper ? Dans ce cas, comme on sait qu’il va te dire pardon, je peux l’autoriser à te taper ? ». Même les enfants de 4 ans comprennent parfaitement l’absurdité de ce postulat.
Lorsque l’on aime une personne, va-t-on faire tout ce que l’on veut, se comporter n’importe comment sous prétexte qu’elle nous aime ? Ne va-t-on pas plutôt être attentionné avec elle ? Ne va-t-on pas avoir envie de lui faire plaisir, de la voir sourire, de la rendre heureuse ?
Dans notre relation à Dieu, il en va de même : ce n’est pas parce que je vais demander pardon que cela me donne « le droit » de pécher autant que je le veux ! Parce que j’aime Dieu, je vais au contraire être vigilante à ne pas l’attrister à nouveau par mon comportement. Parce que j’ai reçu le pardon de Dieu, je vais tâcher d’honorer ce pardon. Parce que je sais que Dieu m’aime, je vais être plus attentive à mon attitude parce que mon désir profond est de le contenter, de lui faire plaisir, de le sentir heureux de l’amour que je lui porte. Plus Dieu me pardonne, plus je lui suis reconnaissante, et plus j’adopte un comportement aimant.
La confession nous rend libres
Souvent, on imagine la confession comme une contrainte, une obligation, suivie d’une pénitence que l’on fera de mauvais cœur, et surtout, on suppose que la vie, ensuite, sera beaucoup plus contrainte, beaucoup plus restreinte, si l’on doit faire attention à ne pas pécher. Mais qu’est-ce que la liberté ? Si nous péchons, encore et encore, si nous retombons sans cesse dans les mêmes péchés, n’est-ce pas justement parce que nous en sommes les esclaves ? Être enchaîné au péché, est-ce vraiment là la liberté dont on rêve ?
En tant qu’enfants de Dieu, comme tout enfant, nous avons besoin d’un cadre, un cadre dans lequel se mouvoir en toute liberté. C’est parce qu’il y a un cadre qu’il y a de la liberté, toutes les personnes en charge d’enfants le savent bien. Sans cadre, c’est l’anarchie, chacun fait ce qu’il veut sans se soucier des autres et alors, on peut vraiment s’interroger sur l’existence de la liberté dans ce contexte. Le cadre est là pour permettre l’autonomie et l’harmonie.
La réconciliation nous rend libres, dans le sens où nous ne sommes plus entravés par notre péché, nous n’avons plus ce poids à porter. Et nous pouvons repartir le cœur léger, vivre dans la liberté offerte par la vie en Christ. « C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a affranchis. Alors tenez bon, ne vous mettez pas de nouveau sous le joug de l’esclavage. » (Ga 5, 1)
Et si je n’ai rien à confesser ?
J’ai beau chercher, je ne sais vraiment pas quoi confesser !
« Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous. » (1 Jn 1, 8) Nous ne sommes pas des anges, ni des saints ! Oui, nous marchons autant que possible dans les pas de Jésus. Oui, nous tâchons d’aimer comme il nous aime ! Oui, nous sommes vigilants à rester dans l’amour ! … Mais comment peut-on imaginer incarner la perfection de l’amour au même titre que Jésus lui-même ?
Dans le « Je confesse à Dieu », nous parlons de pécher « en parole, en pensée, par action et par omission » : tout un programme ! Lorsque nous nous regardons, allons creuser dans tous ces aspects. Si nous n’avons pas péché par nos actes, allons chercher ce que nous avons pu dire ou penser qui aurait pu nous éloigner du chemin de Dieu. Explorons aussi du côté de tout ce que nous aurions pu faire et n’avons pas fait ! La liste est longue, sûrement bien plus qu’on ne le pense !
Se considérer sans péché, c’est déjà pécher !
Le péché a mauvaise presse, on ne voudrait surtout pas s’en rendre coupable ! Bien loin de nous l’idée de pécher ! Mais il faudrait peut-être revoir notre compréhension du péché. Un péché n’est pas forcément grave en soi, ni forcément visible publiquement. Il ne fait pas forcément de mal à l’autre. Le péché, c’est ce qui m’éloigne de Dieu. Si on a la foi et que l’on essaie de se comporter en véritable disciple de Jésus, bien souvent, nous ne faisons pas de mal aux autres, nous faisons même plutôt le bien autour de nous. Mais pour autant, ne faisons-nous rien qui nous éloigne de Dieu ?
Le péché est entre Dieu et moi. Il n’est pas forcément quelque chose de visible comme le nez au milieu de la figure, mais il est plutôt quelque chose qui pèse sur mon cœur, parce qu’au plus profond de moi, je sais bien que je n’ai pas été complètement droit vis-à-vis de Dieu, à l’intérieur. Or, nous dit Jean, « si nous disons que nous sommes sans péché, nous faisons de lui un menteur, et sa parole n’est pas en nous. » (1 Jn 1, 10) Faire de Dieu un menteur, n’est-ce pas l’offenser ? De là, dire que nous n’avons pas péché… est un péché en soi ! Peut-être pourrions-nous commencer par là !
S’abandonner à Dieu ou au péché ?
La question, dès lors, est de savoir à qui nous voulons nous abandonner ! Dire que nous n’avons pas péché, rester dans nos petites vies sans aller demander le pardon de Dieu en pensant sincèrement que nous sommes exemplaires et sans péché, c’est un péché en soi, nous l’avons vu au-dessus. Bien souvent, nous connaissons fort bien nos torts, mais nous nous laissons aller à écouter la petite voix qui nous dit « allons, ce n’est pas si grave ! Les autres font bien plus grave que toi ! »… Mais cette petite voix-là n’est-elle pas celle du malin ? Alors… Allons-nous écouter cette petite voix et continuer à nous éloigner de Dieu ? Donc, en d’autres termes, s’abandonner au péché ? S’abandonner à l’ennemi ? Ou courir se jeter dans les bras de Dieu pour lui demander pardon et s’abandonner à son amour ? Le choix appartient à chacun !
Sacrement du pardon : et après ?
J’ai reçu le pardon de Dieu : what’s next ?
Le sacrement de pardon n’est pas une fin en soi. Une fois que l’on a reçu le pardon de Dieu, on se sent pleinement ressourcé de l’intérieur, serein, apaisé, profondément renouvelé ! Mais ce n’est pas le bout du chemin : ce n’en est qu’une étape. Comme évoqué ci-dessus, ce n’est pas parce que j’ai reçu le pardon de Dieu que je peux me comporter n’importe comment. Exactement comme lorsqu’on demande pardon à un ami, finalement : on va être attentif à ne pas reproduire les mêmes erreurs par la suite. Avec Dieu, c’est d’autant plus vrai qu’il est bien plus qu’un simple ami ! Il est notre Père, notre créateur, notre Sauveur et Seigneur ! Alors oui, repartons heureux et pleins de gratitude envers ce Père si bon, si aimant, qui nous pardonne inlassablement… mais regardons bien où nous allons, car la route n’est pas terminée !
La réconciliation comme rectification de trajectoire
Pour ma part, je vois le sacrement de réconciliation comme un régulateur de mon comportement, une véritable aide dans mon cheminement. Je veux faire plaisir à ce Père qui m’aime tant, je veux ravir son cœur. Alors, je vais chercher à tout prix à éviter d’avoir à aller lui demander pardon. Non pas que je n’apprécie pas ce sacrement ! Mais plutôt parce que, si je n’ai pas besoin de lui demander pardon, c’est simplement que j’ai fait attention à mon comportement, j’ai tâché d’avoir une attitude aimante, de réjouir le cœur de Dieu. J’ai utilisé le sacrement de réconciliation comme un régulateur de ma trajectoire : j’étais sortie du chemin d’amour de Dieu, et son pardon m’a remise dessus. Désormais, j’avance avec, pour boussole, ce pardon reçu. Je m’observe aussi souvent que possible, afin de ne pas laisser mon chemin dévier de trop.
Après la réconciliation, on ne pèche plus ?
On essaie ! Autant que possible ! Mais, bien souvent, on tombe. Nous ne sommes que des êtres humains, et malheureusement, notre vigilance n’est pas constante. Notre faiblesse est importante, aussi ! Alors, oui, gardons l’amour de Dieu comme un garde-fou nous empêchant de tomber dans le péché, tâchons de rester sur son chemin d’amour, mais il me semble nécessaire de rester objectif sur soi-même, de se voir en train de pécher, ou de comprendre qu’on a péché, et courir à nouveau, tel un enfant, se jeter dans les bras de notre Père pour lui demander pardon.
Le cas épineux du pardon à soi-même
Péché impardonnable ?
Il arrive qu’un péché nous impose un gros cas de conscience et que, même confessé, celui-ci nous pèse toujours sur le cœur. Cela m’est arrivé, par le passé. J’ai confessé ce péché, j’ai reçu le pardon de Dieu, mais je n’ai pas été apaisée. J’ai poursuivi ma route en me disant que ce péché-là était vraiment énorme et impardonnable, et j’avais toujours mauvaise conscience. Alors je suis retournée voir un prêtre auprès de qui j’ai expliqué cet état de faits. J’ai à nouveau déposé mon péché en confession, puis je lui ai expliqué que je n’arrivais pas à me pardonner à moi-même. Alors, le prêtre a commencé ainsi : « mais c’est un très gros péché, ça ! »… Je me suis dit que j’avais bien raison, alors, d’avoir si mauvaise conscience. Mais il a poursuivi : « c’est un très gros péché que de ne pas se pardonner à soi-même ! ».
« Si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur » (1 Jn 3, 20)
Il m’a alors expliqué que Dieu nous aime infiniment et que, ne pas se pardonner à soi-même, c’est manquer d’amour pour soi. Or, qui est-on pour ne pas aimer cette merveille que nous sommes pour Dieu ? « Je confesse que je suis une vraie merveille, tes œuvres sont prodigieuses : oui, je le reconnais bien » (ps. 139, 14) Aussi, si ne pas se pardonner, c’est ne pas s’aimer, alors ne pas se pardonner, c’est ne pas reconnaître que l’oeuvre de Dieu est une merveille. N’oublions pas combien Dieu nous aime, et, s’il nous pardonne notre péché, alors nous pouvons nous pardonner à nous-mêmes.
A quoi cela sert-il, de toute façon, de rester dessus ? A part se faire du mal et s’empêcher d’avancer ? Une fois reçu le pardon de Dieu, soyons dans la gratitude, louons notre Seigneur, et avançons en restant vigilants pour ne pas retomber dans ce péché. Mais ne cédons pas à la tentation de nous en vouloir. Dieu est plus grand que nous, Dieu est miséricordieux. Aussi, s’il nous pardonne, nous n’avons aucune raison de ne pas le faire nous aussi.
Pour conclure
J’ai essayé de partager ici mes découvertes autour du sacrement de réconciliation. Au début de mon chemin de foi, j’ai été vraiment repoussée par ce sacrement, j’y suis allée à reculons – et j’ai l’impression que c’est encore le cas de nombre de Catholiques. Et puis j’ai compris que, bien au-delà d’une simple contrainte imposée par l’Eglise, il s’agissait là d’un acte d’amour. Amour pour Dieu, et amour de Dieu. Se confesser, c’est se jeter avec amour dans les bras du Seigneur, qui nous aime tant.
Personnellement, j’ai recours assez régulièrement à ce sacrement, et il me fait à chaque fois un bien fou ! Mon regard a totalement changé par rapport à mes appréhensions premières, et j’ai vraiment à cœur de permettre à d’autres de comprendre ô combien ce sacrement est un geste d’amour et de miséricorde ! Je souhaite avoir permis à certains d’avoir un regard neuf sur le sacrement de réconciliation et j’espère que, dorénavant, vous y courrez régulièrement, sans hésitation, et sans attendre que l’Eglise vous le demande ! Courez vous blottir dans l’amour du Père !
Servir le Seigneur en prison
Semaine Sainte : le jour où j'ai compris Pâques
Vous aimerez aussi
Pentecôte | Le jour où j’ai appris la puissance de l’Esprit Saint
mai 31, 2020
Pâques 2020 | Et si la pandémie nous aidait à comprendre l’Eucharistie ? – partie 3
mai 27, 2020
