Et si la pandémie nous aidait à comprendre l'Eucharistie ? (2)
MA VIE DE CHRÉTIENNE AU QUOTIDIEN

Pâques 2020 | Et si la pandémie nous aidait à comprendre l’Eucharistie ? – partie 2

Cette année, les événements ont pris une tournure bien particulière : l’entrée en Carême à peine laissée derrière nous, nous avons été confinés à la maison, et ce, à durée indéterminée. Aucune célébration n’était plus permise, nous étions cloîtrés à domicile sans aucune possibilité de célébrer le Seigneur en communauté, sans aucun moyen d’accéder au Corps du Christ. Cela a entraîné diverses réactions. Mercredi dernier, vous avez pu commencer à lire le récit de mon vécu du Carême, de la Semaine Sainte et de Pâques 2020.  Je suis assez rapidement tombée dans une sorte de nuit noire de la foi, ne voyant plus où se situait Jésus dans mon quotidien, ne sentant plus la présence de Dieu auprès de moi. J’ai cherché à suivre le plus possible de messes en ligne, mais j’ai vite atteint mes limites, peinant particulièrement à atteindre la communion spirituelle.

Carême et Corps du Christ

Messe en ligne

Après avoir longtemps cherché une messe en ligne qui me convienne, je décide de faire une pause. Je me dis qu’avant d’assister à la messe et d’essayer de communier spirituellement, il vaudrait peut-être mieux que j’essaie de me concentrer sur la pleine présence de Jésus dans mon cœur. Alors je vis plusieurs jours, comme cela, sans messe, sans nourriture spirituelle sinon ma prière, qui heureusement me soutient chaque jour. Mais c’est une erreur, car, même si les messes de semaine ne me rassasiaient pas, elles venaient tout de même combler un peu le creux immense qui s’ouvre dans mon cœur. Le gouffre qui déchire mon âme s’étend encore un peu plus. Alors je me dis qu’il est temps de revenir vers la messe, puisque le fait de n’en suivre aucune de toute la semaine n’a fait que creuser un peu plus mon cœur.

Rameaux

RameauxEt voilà : c’est le dimanche des Rameaux. Je m’installe devant la messe en ligne, heureuse de retrouver une célébration. Mais à mesure que le temps passe, à nouveau, mon cœur saigne. Je pleure parce que je suis seule, je pleure parce que l’homélie ne me parle pas, je pleure parce que je n’ai pas de rameau à lever en signe de joie pour l’entrée de Jésus à Jérusalem, je pleure parce que je n’aurai pas de rameau à brûler à la prochaine célébration des Cendres, je pleure parce que je me dis que j’aurais peut-être dû garder un petit bout du bouquet de rameaux que nous avons enterré dans le jardin il y a juste quelques semaines, je pleure parce que je me sens désespérément vide, je pleure parce que je me dis que ma dernière Eucharistie est loin, maintenant, et je pleure, surtout, parce que je sens un vide immense, un gouffre s’est creusé dans mon cœur.

Le gouffre

Je pleure aussi parce que je me dis que je suis une bien piètre chrétienne, je pense à ces peuples qui n’ont pas la possibilité de se ressourcer à l’Eucharistie régulièrement, à ceux qui sont obligés de célébrer en se cachant, à ceux qui sont persécutés parce qu’ils aiment Jésus… Je pense aussi à toutes ces personnes affligées, dont un ami ou un membre de la famille est entre la vie et la mort, ou qui n’ont pas pu accompagner un proche pour ses funérailles… Je pense à mes élèves qui sont pour la grande majorité confinés dans des petits appartements, parfois sans balcon. Et moi, égoïste, je suis là, dans ma chambre, avec mes écouteurs sur les oreilles pour ne pas déranger les autres, et je pleure parce que, pauvre petite chose fragile, je n’ai pas accès à l’Eucharistie pour quelques semaines. J’ai beau savoir que certains m’envient probablement ma position, je laisse quand même couler mes larmes, parce que mon cœur est vide, parce que je crois que je n’arrive plus à trouver Jésus dans mon cœur, et que, même si j’ai bien conscience qu’il y a aussi des vides intersidéraux que je ne minimise pas, ce vide-là me broie le cœur.

Réaction

Tu n'es pas seul. Les Chrétiens sont le Corps du Christ !Et puis, je décide de réagir. Je sais que Jésus est là. Je lui parle chaque jour dans mon cœur, par mes prières, par mes “merci” et mes “pardon” tout au long de la journée, je lui parle au travers des autres, et il a toujours été là. J’ai traversé une longue nuit il y a quelques années, qui a duré de longs mois, pendant lesquels j’avais l’impression que Dieu m’avait complètement abandonnée. La sortie de cette nuit-là, cela avait été une révélation immense, et j’avais d’un seul coup pris conscience que, pendant tout le temps où je croyais qu’il ne me voyait pas, il me regardait, il me berçait, il m’aimait profondément. C’est à partir de là que j’avais pris conscience que Dieu est toujours, toujours là, et que ma confiance en Dieu s’était renforcée de façon spectaculaire. Alors cette fois-ci, je sais que le vide ne vient pas de Dieu. Je sais qu’il est là, et je sais que ce vide, c’est moi-même qui le fabrique. C’est mon cerveau qui l’invente de toutes pièces. Je sais que ce vide n’est pas juste vis-à-vis de Jésus, et je sais que c’est à moi de chercher. Lui est là, qui me tend la main et qui m’attend. À moi d’ouvrir les yeux de mon cœur et de prendre sa main. 

Rechercher Dieu

Lectures spirituelles

Alors je lis, je lis beaucoup. Je lis Laurent de la Résurrection et ses lettres qui parlent de sa recherche constante de la présence de Dieu. Je relis André Sève et son lumineux ouvrage “trente minutes avec Dieu”. Je lis un texte d’un prêtre qui propose d’offrir à Jésus notre sentiment de manque, du fait de l’absence de célébrations, pour tous ceux qui n’ont pas la chance ni le luxe, habituellement, de célébrer la sainte messe chaque semaine. Je m’inscris à un parcours, la Traversée, proposé par le diocèse de Fréjus-Toulon, qui envoie chaque jour plusieurs ressources, et notamment un enseignement par vidéo, où l’on nous parle de l’amour du Père, et qui me fait beaucoup de bien.

Inspiration

Et par le biais de ce parcours, je découvre les messes quotidiennes, en direct, de Mgr Rey. Habité par la présence de Jésus, ses homélies sont belles et inspirantes. Soudain, ma foi est abreuvée de paroles inspirées. Et puis, pendant la communion, Mgr Rey s’agenouille devant le Saint Sacrement, et dit une prière. Pas une prière récitée, dite vite-fait sans y penser, non. Une prière spontanée. Une prière inspirée. Et soudainement, la communion spirituelle me paraît moins inaccessible. Au contraire. Je commence à me sentir pleinement en communion pendant l’Eucharistie. Au fil des jours, j’accède peu à peu à une espèce de cœur à cœur avec Jésus pendant cette prière au moment de la communion. Peu à peu, je communie avec ceux qui prennent l’Eucharistie dont je suis privée actuellement.

Nous sommes le Corps du Christ

Et d’un seul coup, je prends conscience d’une chose. Moi qui avais commencé, au début de la fermeture des églises, à toucher du bout du doigt la notion de Corps du Christ, je me rends compte que, suivant mon désespoir, j’ai complètement perdu de vue cet aspect-là. Non, je ne peux plus être Corps du Christ “agissant”, dans le sens où je ne reçois plus l’Eucharistie et où je ne peux plus la dédier aux personnes qui ne la reçoivent pas. Pour autant, les prêtres qui célèbrent la messe, eux, sont ce Corps du Christ. Et je suis partie du Corps du Christ qui n’agit pas, mais qui reçoit. Par la partie agissante, les prêtres, je peux recevoir la communion parce que je fais partie du Corps du Christ. Une partie est nourrie, et tout le Corps est nourri. Et finalement, ainsi nourrie, je peux aussi être agissante. Pas de la même façon. Mais par la prière, pour ceux qui ne parviennent pas à cette communion spirituelle. On peut toujours agir pour l’amour du Christ, pour l’amour du Corps du Christ. Ce qui est bon pour un membre du Corps l’est pour le Corps tout entier.

En marche vers Pâques !

C’est dans cet état d’esprit que j’entame ma Semaine Sainte 2020… qui fera l’objet de mon prochain article !

Croix

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