MA VIE DE CHRÉTIENNE AU QUOTIDIEN

Pâques 2020 | Et si la pandémie nous aidait à comprendre l’Eucharistie ? – partie 1

En 2020, nous avons vécu un Carême un peu particulier. Tout avait pourtant bien commencé. Le 26 février, nous célébrons le mercredi des Cendres, puis nous entamons notre période des 3P (Prière, Pardon, Partage) sans nous douter que, cette année, rien n’ira comme d’habitude ! Un peu plus de deux semaines plus tard, en effet, le Premier Ministre prononce des mots qui me plongent dans la stupeur : les églises peuvent rester ouvertes, mais plus aucune célébration ne doit y avoir lieu. 48 heures plus tard, c’est le Président de la République qui nous annonce une période de confinement à durée indéterminée. Coup de massue ! Alors que nous entamons notre chemin de Carême, nous voilà cloîtrés à la maison, sans aucune possibilité de célébrer le Seigneur en communauté ! Récit de ce Carême si particulier, et, surtout, de ce qu’il m’a appris à propos de l’Eucharistie.

Célébrer l'Eucharistie

L’épidémie coupe certains Chrétiens du sacrement de l’Eucharistie

Première compréhension du concept de Corps du Christ

Lorsque les premiers diocèses ont annoncé, fin février ou début mars, la suspension des messes dans leurs églises pour un temps indéterminé, mon cœur s’est serré. Comment est-ce que, moi, je pourrais vivre dans la joie, sans avoir accès aux messes ? Heureusement, je n’étais pas concernée, et je pouvais librement poursuivre ma participation à l’Eucharistie, deux à trois fois par semaine. Toutefois, ces Chrétiens privés de célébrations étaient dans mon cœur, et c’est à eux tout particulièrement que je pensais en recevant le Corps du Christ. Je commençais à toucher du doigt, plus que jamais auparavant, cette notion d’être le Corps du Christ. Si moi, nourrie du Corps et du Sang du Christ, je priais intensément pour mes frères et sœurs privés de s’y ressourcer, si je leur “dédiais” mes messes, en quelque sorte, cela pouvait peut-être les aider dans leur éloignement, dans leur jeûne eucharistique ? Moi, membre du Corps, recevant l’Eucharistie, je pouvais, par ma prière, nourrir le reste du Corps du Christ ne la recevant pas. 

Insouciance

Eucharistie : nous sommes le Corps du ChristC’est ainsi que j’ai vécu ces quelques semaines, consciente de la chance que j’avais de vivre les célébrations. Il était bien question de limiter le nombre de personnes pour les rassemblements, mais cela ne m’inquiétait pas plus que ça. 100 personnes, c’est jouable. Même dans notre église pleine du dimanche, si l’on se concerte et que l’on se discipline pour se répartir sur les différentes messes, tout devient possible. Et puis, il restait les messes de semaine, où nous sommes rarement plus d’une dizaine : de là à ce que ces rassemblements-là soient interdits, il y avait de la marge ! Loin de moi l’inquiétude, donc, j’étais plutôt dans un état d’esprit de compassion.

Confinement

Déni

Et puis, le Président a parlé à nouveau. Et, à sa suite, notre évêque. Notre évêque qui estimait difficile de maîtriser réellement le nombre de personnes à nos célébrations, et qui, donc, décidait d’annuler purement et simplement toutes les messes dominicales. Je suffoque ! Mon cœur s’emballe. Je ne peux pas y croire. Comment ? Les messes dominicales annulées ? Alors, l’esprit négociateur de l’enfant intérieur prend le dessus : et si on promet d’être sages ? Si on promet de laisser de la place et de se répartir dans l’église ? Tiens, il n’y a qu’à voir, il se dit qu’en Pologne, au lieu d’annuler les messes, ils les ont au contraire multipliées pour permettre aux fidèles de se répartir et de ne pas être trop nombreux à la fois : et si on prenait exemple ? Mais non, rien à faire, les messes dominicales sont annulées. Le cœur en berne, je me rassure en me disant que, heureusement, il y aura toujours les messes de semaine, celles-là, on ne peut pas nous les supprimer. 

La réalité me rattrape

Et voilà qu’à ce moment-là, c’est le premier ministre qui reprend la parole : les lieux de culte restent ouverts, mais toute célébration y est interdite. C’est moi qui suis interdite, alors. Que les bars, les restaurants ou même – même ! – les librairies ferment, cela m’est égal. Mais l’église ? La messe ? Ce temps de ressourcement indispensable ? On ne peut pas nous l’enlever ! Comment je vais pouvoir associer à mes sacrements d’Eucharistie les personnes qui en sont privées ?

Mais il n’y a pas à débattre. C’est interdit, et c’est comme ça. Impossible de revenir dessus. D’ailleurs, deux jours plus tard, c’est même le fait de sortir chez soi, qui devient prohibé. Alors la question ne se pose plus. Plus moyen d’aller à la messe. Plus moyen de recevoir le Corps ni le Sang du Christ. Plus moyen de faire vivre ce Corps et ce Sang en permettant à d’autres, par l’intermédiaire de la prière, d’y accéder spirituellement. 

Soif en plein désert

Une oasis au début du chemin

Commence alors un long désert pour moi. En pleine période de Carême, c’est plutôt approprié. Moi qui aime réfléchir sur ma foi, particulièrement pendant le Carême, me voilà servie. Qu’est-ce que ma foi, quand je ne peux plus la nourrir au Corps même de mon Sauveur ? Que devient-elle ? Est-elle assez forte ? Et moi, qu’est-ce que je deviens ? Est-ce que je suis assez forte ?

Au début, je me ressource pleinement dans cette dernière messe du samedi à laquelle j’ai eu l’immense privilège de participer. Encore forte de cette Eucharistie et de tout ce qu’elle fait couler en mon cœur, je vis les premiers jours dans la sérénité. 

La traversée devient douloureuse

Eucharistie : traversée du désertPasse le premier mercredi sans messe. Le manque commence à gronder tout au fond. Et puis le premier dimanche. Je suis là, devant mon écran, regardant la messe sans croire que je suis en train de faire cela. “Regardant” la messe… Mais est-ce que je suis censée être spectatrice ? Comment puis-je vivre pleinement la messe en ne faisant que la “regarder” ? Bien entendu, je ne reste pas dans le simple spectacle, je réponds quand il le faut, je chante avec mon cœur, et je prie beaucoup. Pourtant, mon cœur est serré, et mes larmes coulent presque tout le temps de la célébration. 

Quel que soit l’état d’esprit dans lequel j’y suis arrivée, quand je sors d’une messe, j’ai le cœur en joie, je me sens transformée intérieurement, renforcée dans ma foi et dans mon être, et je marche la tête haute, un grand sourire aux lèvres. Là, à la fin de la messe, je ne peux pas retourner voir ma famille immédiatement. Mes larmes continuent de couler, j’appelle à l’aide mon Seigneur, mais je ne l’entends pas. Mes cris intérieurs sont trop bruyants pour que je puisse l’entendre. Il est là, pourtant, c’est certain, et il me rassure, et il me console, et il me serre dans ses bras aimants. Mais moi je suis sourde, alors, je ne l’entends pas, je ne le sens pas. 

Pleine nuit

Détresse

Au fil des jours suivants, je m’enfonce un peu plus dans les profondeurs de la tristesse. Je me sens seule dans ma détresse. Je continue de chercher une messe, j’essaie plusieurs messes en ligne. Parfois en direct, parfois en différé. J’aime mieux celles en direct, il me semble plus facile de me sentir en communion avec une communauté virtuelle lorsque la messe est dite en direct. Mais elles ne sont pas toujours nourrissantes. J’ai déjà du mal à suivre une messe “en ligne”, des difficultés à ne pas recevoir l’Eucharistie, alors il me faut quelque chose de consistant, j’ai besoin d’homélies inspirantes qui permettront de combler un tout petit peu ce gouffre de manque qui se creuse en moi. 

Pendant quelques jours, je suis des messes en différé, dont les homélies me parlent davantage, mais je ne me sens toujours pas rassasiée, loin de là. Je passe à nouveau sur des messes en direct, je prends au hasard celle de Lourdes, me disant que la présence très forte de Marie en ce lieu m’aidera peut-être à trouver la main que Jésus me tend. Mais là encore, je ne me sens pas pleinement nourrie. Les prêtres se succèdent, et lorsqu’un jour, j’entends l’un d’eux, dans son homélie, dire mot pour mot ce que j’ai lu dans mon Magnificat de Carême le matin-même, cela me rebute. J’ai besoin, pour être guidée, de quelqu’un qui soit inspiré, pas de quelqu’un qui récite un texte, certes très beau, mais qui n’est qu’une récitation sans cœur. 

Communion spirituelle ?

Et puis, j’ai beau essayer de prier de tout mon cœur pendant le temps de communion, je reste sèche, vide à l’intérieur, et sourde, toujours, aux appels de mon Seigneur, qui m’aime et qui m’appelle, mais que je ne parviens plus à trouver. Je le cherche, je l’espère, je l’appelle, mais à l’intérieur, ça ne fait que gémir. Mon cœur pleure bruyamment, et j’ai peur. 

J’ai peur de ne plus jamais sentir sa présence en moi. J’ai peur de devenir aride au point d’en être desséchée de l’intérieur, pleine d’amertume et de rancœur. J’ai peur et je pleure. Et je n’entends plus rien. Et je ne trouve plus rien à l’intérieur. Je suis vide, mon cœur sonne creux, mes yeux finissent par être secs à force d’avoir tant pleuré. 

Seigneur, où es-tu ? Je sais que tu es là, je sais que tu ne m’abandonnes pas. Mais là je ne ressens plus ta présence. J’ai peur de ne plus jamais la ressentir. Mon cœur s’affole en pensant que bientôt, la Semaine Sainte et Pâques arrivent, et que l’on sera toujours en confinement. Vivre ce vide pour Pâques, quelle tristesse ! Ne pas vivre l’Eucharistie pour Pâques ? Impensable ! Je ne peux le concevoir ! Et pourtant, on va droit vers le désastre !

À suivre…

Bien sûr, ce n’est ici que le début du chemin. La suite du récit arrive dans mon prochain article. D’ici là, portez-vous bien, et soyez bénis !

Mains en prière

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