La résurrection du Christ
Christ est ressuscité, alleluia !! En ce jour de Pâques, j’ai envie de partager un texte que j’ai écrit en 2015 sur la résurrection du Christ. Le prêtre m’avait demandé un conte pour le dimanche de Pâques, mais je n’ai eu le thème du conte que trois jours avant ! Le sujet était de raconter Pâques du point de vue des disciples, raconter un peu ce qu’ils avaient pu ressentir juste après la crucifixion. Après avoir un peu maugréé de recevoir un tel sujet seulement 72 heures avant, sachant qu’un certain nombre d’entre elles étaient occupées par mon travail, d’autres par les célébrations de la Semaine Sainte, j’ai finalement reçu une aide précieuse : celle de l’Esprit Saint ! Je me souviens avoir reçu des mots qui me tombaient dessus sans s’arrêter, j’ai pris un stylo et j’ai écrit tout ce qui me venait. J’ai écrit, écrit, écrit sans m’arrêter. Et quand j’ai eu fini, j’avais mon texte : il ne me restait plus qu’à mémoriser la structure pour pouvoir le raconter le dimanche. Un de mes meilleurs souvenirs d’écriture, et un de mes plus beaux souvenirs de contée à ce jour !
Résurrection du Christ : le tout premier matin
Il est encore tôt, ce matin, quand ça frappe à la porte. Ça frappe fort, ça tambourine, sans discontinuer. Il est réveillé en sursaut et met quelques instants à se souvenir où il est, qui il est, et surtout, surtout, tout ce qui s’est passé ces derniers jours.
Et d’un seul coup, tout lui revient, comme une chape de plomb qui s’abat sur ses épaules et sur son corps tout entier. D’un seul coup, il revoit Jésus giflé, Jésus arrêté, Jésus emmené. Il revoit Jésus sortant de Jérusalem, vacillant sous le poids de sa lourde croix qu’il porte sur son dos, le front percé de mille petites égratignures formées par la couronne d’épines qu’on lui a fait porter. Il revoit Jésus cloué sur cette croix, la croix dressée. Il revoit la souffrance de Jésus et entend encore le cri déchirant qu’il a porté vers Dieu.
Et puis, il revoit Jésus mort. Jésus que toute vie a quitté. Et il sent à nouveau ce vide qui l’habite depuis ce moment. Il revoit Jésus porté au tombeau. Jésus, celui-là même qui avait guéri, redonné vie à d’autres, lui, d’un seul coup, il n’était plus là, et c’est lui que l’on portait dans un tombeau. Il revoit la pluie glacée, à l’intérieur de lui, qui est tombée sur son cœur, il sent à nouveau le froid qui l’a envahi, il se revoit grelotter, la gorge nouée, chanceler, regarder tout cela comme si ce n’était pas réel. Il se revoit fermer les yeux et prier Dieu que tout cela ne soit qu’un mauvais cauchemar, et il sent à nouveau cette vague de détresse le submerger quand, ouvrant les yeux, il se rend compte que rien n’a changé et que Jésus est bel et bien mort.
Plus aucun espoir
Il se revoit, hagard, livide, traînant les pieds et son âme soudainement devenue lourde, rentrer chez lui. Il se revoit trébucher, le cœur gonflé de douleur, sur les cailloux du chemin. Il sent à nouveau les spasmes lui soulever la poitrine, et l’air lui manquer. Il se revoit penser à ce double deuil qu’il va devoir accueillir maintenant. Il vient de perdre un ami, un guide, un maître… un frère. Mais il vient également de perdre l’espoir. L’espoir d’avoir trouvé et accompagné le Messie, le Sauveur tant attendu. Il était pourtant sûr que Jésus était ce Messie, ce Sauveur… Mais que viendrait sauver un homme mort sur une croix ? Il a perdu un ami et son espoir. Il n’a plus rien. Il se sent lourd, et pourtant tellement vide.
Alors, il est rentré chez lui, et s’est effondré sur son lit. Et, d’un seul coup, dans un râle qu’il n’a pu contrôler, il a libéré toutes les larmes qui ne voulaient pas sortir jusque là, toutes les larmes de douleur, de détresse, d’espoir ruiné. Il a pleuré, pleuré toute la nuit, jusqu’à s’endormir d’épuisement au petit matin. Le lendemain, les yeux encore gonflés d’avoir tant pleuré, il a passé sa journée avec la tête dans du coton, comme dans un brouillard dense. Il ne se souvient plus bien de cette journée où tout était comme embrumé. Il a erré dans sa maison, sans savoir vraiment où aller ni quoi faire. Il n’a pas voulu sortir, il est resté prostré chez lui. Il a eu peur d’affronter la réalité, sa nouvelle réalité « sans » Jésus… sa nouvelle réalité « après » Jésus. Il a craint de rencontrer du monde, de devoir parler et faire face à ce qu’il endurait.
Et puis il a eu peur d’être arrêté, comme Jésus. Alors il a fait quelques pas dans sa maison, sans jamais aller bien loin. Il se sentait meurtri, comme orphelin, et incapable désormais d’avancer. Son guide, son maître était mort ; son chemin lui semblait ne plus avoir de sens. Sa tête était prise dans un étau et son cœur brisé. Il ne savait pas s’il pourrait un jour le réparer. Pierre était arrivé, dans la soirée, et quand il l’a vu, aussi démoli que lui, ils n’ont pas eu besoin de parler. Ils se sont juste pris dans les bras l’un de l’autre et ont pleuré en silence. Ensuite, ils sont allés se coucher, tôt, pour s’abandonner au sommeil. Un sommeil sombre, opaque, sans couleurs et sans rêves. Un sommeil qui permet d’oublier. Un sommeil qui évite d’avoir à penser. Un sommeil qui empêche de se confronter à la réalité.
A l’aube du matin de la première fête de Pâques chrétienne
Alors ce matin, quand les coups retentissent sur la porte, c’est d’abord la colère qui envahit Jean. Lui qui voulait rester loin de la douleur de la réalité, voilà que le matin, tôt, des coups viennent vriller son cœur encore endolori ! C’est comme si ces coups lui étaient portés directement sur le crâne ! D’un seul coup, son cerveau se réveille, et sa douleur avec lui ! D’un seul coup, il sent à nouveau toute la lourdeur, toute la douleur qui font partie de sa vie depuis que Jésus est mort. Des larmes de détresse lui montent aux yeux.
Et puis, finalement, il écoute. Il écoute, et il entend une voix pressante, insistante, une voix qu’il connaît, et qui l’appelle par son prénom. Marie ! Marie de Magdala ! L’entendant faire tout ce bruit dans la rue, alors qu’il voit bien par la fenêtre qu’il fait encore sombre, il a peur pour elle, il a peur qu’on ne vienne l’arrêter, avec tout ce tapage qu’elle fait. Alors d’un seul coup, avec une énergie qu’il ne se serait pas soupçonnée quelques instants plus tôt, il bondit hors de son lit et dévale l’escalier. Il ouvre la porte, attrape Marie de Magdala par le poignet et la fait entrer vivement chez lui, puis il claque la porte derrière elle.
Pierre est descendu, lui aussi. Marie tient des propos confus, elle parle vite, la voix entrecoupée de sanglots, et Jean ne comprend pas ce qu’elle lui dit. Des gouttes de sueur perlent sur son front et elle tremble de tous ses membres. Il comprend quelques mots au passage, « Seigneur », « tombeau »… Alors, il saisit l’étendue de sa douleur, et il ne peut que la comprendre. Il craint qu’elle ne soit encore plus fragile que lui, et qu’elle soit en train de devenir folle. Alors, comme un père le ferait avec son enfant, il l’attire contre lui et l’étreint de ses bras. Il lui caresse les cheveux tout en essayant de la calmer en prononçant des mots calmement, l’entourant de toute la douceur dont il est capable. « Oui, Marie, on te comprend, nous aussi nous sommes très tristes », mais elle ne le laisse pas finir, et le repousse presque violemment. Elle crie maintenant : « mais écoute-moi ! », et, dans un souffle, elle lâche ce qu’elle est venue leur dire : « On a enlevé le Seigneur du tombeau, et on ne sait pas où on l’a mis ! ».
Il y a un moment de flottement. Un silence soudain, presque violent après toute cette agitation. Un moment vide de tout sens, pendant lequel tout redevient blanc comme neige, comme si rien, jamais, n’avait été écrit dans le livre de la vie. Jean a l’impression d’avoir reçu une claque. Son cerveau se vide, il a une boule dans la gorge et se sent pris de vertiges. Il avale sa salive. Un moment suspendu, presque irréel, où Jean et Pierre, atterrés, perdus, se regardent sans vraiment comprendre ce qu’ils viennent d’entendre.
Course vers le tombeau
Et puis, d’un seul coup, sans prévenir, la vie revient dans leurs corps et, sans se concerter, ils ouvrent la porte à pleine volée et se mettent à courir en direction du tombeau. Ils courent à en perdre haleine. Jean vole presque, et prend la tête. Des larmes lui viennent aux yeux, alors il serre les dents et court de plus belle. Il arrive le premier au tombeau, mais, d’un seul coup, il s’arrête. Hébété, il ne se sent pas le courage de faire face à ce qu’il va voir. Il a peur de ne pas avoir les épaules pour supporter un coup de plus. Il s’arrête net à l’entrée du tombeau et se sent incapable de faire un pas de plus.
Cette entrée béante ne lui rappelle que trop la plaie ouverte que son cœur supporte ces jours-ci. C’est trop, c’est trop pour lui. Il est là, interdit, à faire tourner tout cela dans sa tête quand Pierre arrive, et lui ne se pose pas de questions : il veut savoir, alors il entre. Alors Jean, sans vraiment comprendre ce qu’il est en train de faire, ni pourquoi il le fait, inspire un grand coup et, prenant son courage à deux mains, entre à son tour.
Une fois ses yeux accoutumés à l’obscurité, il voit des bandelettes posées là. Il voit également le linge qui recouvrait le visage de Jésus, roulé par terre, là, dans un coin. Et il voit, surtout, la couche sur laquelle reposait le corps… elle est vide. Vide comme son cœur, comme son corps, comme son cerveau. Petit à petit, la tête lui tourne, il a la bouche sèche, le cœur qui bat. Une boule dans la gorge. Il reste là, bouche bée, sans plus pouvoir ni avancer, ni reculer, ses jambes tremblent et il a les mains moites.
Et soudain, la lumière entre en lui.
D’un seul coup, il voit défiler sous ses yeux tout ce que Jésus leur a dit avant de mourir, et qu’il n’avait pas compris. Il revoit Jésus leur annoncer qu’il devait se rendre à Jérusalem, qu’il allait beaucoup souffrir, être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter. Puis, après avoir été transfiguré, il leur avait dit « Ne dites mot à personne de ce qui s’est fait voir de vous, jusqu’à ce que le Fils de l’Homme soit ressuscité des morts ». (Mt 16, 21)
Il se souvient combien ils ont été attristés d’entendre Jésus leur dire, en Galilée : « Le Fils de l’Homme va être livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, le troisième jour, il ressuscitera. ». (Mt 17, 22-23) Il le revoit aussi, juste avant de monter à Jérusalem, leur dire « Le Fils de l’Homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort et le livreront aux païens pour qu’ils se moquent de lui, le flagellent, le crucifient ; et, le troisième jour, il ressuscitera ». (Mt 20, 17-19) Il le revoit aussi, à l’issue du repas de la Pâque, leur dire « Encore un peu de temps, et vous ne m’aurez plus sous les yeux ; et puis encore un peu de temps, et vous me verrez. » (Jn 16, 16)
Résurrection !
Pendant quelques instants encore, Jean se tient là, son cerveau tourne à toute vitesse et son cœur semble s’arrêter de battre, il retient sa respiration… et d’un seul coup, tout se tient ! Tout est clair pour lui. Toutes ces paroles prennent sens, soudain ; ces paroles, et toutes les actions de Jésus se superposent aux Écritures. Tout ce qu’a vécu Jésus ces jours-ci était écrit. Tout ce qu’a vécu Jésus ces jours-ci, il en avait prévenu ses disciples. Ce Messie qu’il a pleuré, il ne le pleure plus ! Ça y est, il sait ! Il a compris !
Le sang revient à son visage, accompagné d’un sourire. Ses yeux pétillent. Son cœur danse dans sa poitrine, il n’a pas besoin de rester un instant de plus ici. Il sort, titubant de joie. Il plisse les yeux quand il passe des ténèbres du tombeau à la lumière éclatante de la vie au dehors, maintenant que le jour s’est levé. Il tombe à genoux par terre et lève le regard au ciel, un immense sourire sur le visage.
D’un seul coup, cette chape de plomb qui enserrait ses épaules s’est envolée, toute cette douleur qui le prenait tout entier est éparpillée en mille morceaux, il n’est plus que joie, légèreté, jubilation. Il n’est plus que foi.
Christ est ressuscité ! Alleluia !

La grâce du pardon
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