Offrir ses souffrances au Seigneur – première partie
Offrir ses souffrances au Seigneur, voilà une expression que j’ai souvent entendue depuis maintenant 10 ans que je fréquente l’Église Catholique et le milieu chrétien. Néanmoins, c’était longtemps resté un mystère pour moi. Offrir ses souffrances, concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? J’avais entendu, aussi, “dépose tout au pied de la croix”. Je voulais bien le faire, mais je ne comprenais absolument pas ce que cela pouvait bien vouloir dire. La plupart du temps, j’arrivais avec mes fardeaux, je priais longuement, disais à Jésus : je t’offre mes souffrances… Et puis je reprenais mon sac à dos de souffrances et je repartais avec. Je n’avais absolument aucune idée de ce que signifiait réellement “offrir ses souffrances au Seigneur”… jusqu’à la semaine dernière…
*** Avant de commencer, je précise ici que les souffrances dont je vais parler sont minimes. Qu’il soit bien clair que j’ai parfaitement conscience de la chance que j’ai que ces douleurs soient seulement passagères et en aucun cas je ne me compare à des personnes qui auraient des problèmes physiques chroniques bien plus handicapants que les miens. Je ne livre ici que l’humble fruit d’une réflexion qui, peut-être, pourra éclairer le chemin de certains.***
Retraite en Foyer de Charité
Chaque année, en début d’été, je m’offre une semaine “rien qu’à moi”. Je pars seule, et je me fais le cadeau d’un temps privilégié avec le Seigneur. Les premières années, j’allais souvent dans les abbayes, où j’aimais énormément suivre les offices des heures des moines et des moniales. Je préférais les retraites individuelles, où je passais énormément de temps en prière, en lectures spirituelles et en promenades méditatives. Et puis, un jour, j’ai découvert les retraites prêchées, qui sont venues sublimer ce temps de proximité avec le Seigneur.
“Je suis le chemin, la vérité et la vie”
Me voilà donc partie début juillet pour une retraite “marche” organisée en Foyer de Charité. Au début, tout va bien, la vie est belle. Je viens pour le troisième été consécutif dans ce Foyer, je m’y sens presque comme chez moi, l’accueil est toujours aussi chaleureux et j’ai l’impression de retrouver la famille.
Le premier jour de marche me surprend. Moi qui suis habituée à la randonnée, et qui ai une activité physique assez régulière, je suis surprise de constater que dès les premières centaines de mètres de la randonnée de ce jour, nous sommes déjà dans un effort physique avec un rythme de marche plutôt soutenu, qui se maintient dans la première côte et les suivantes.
J’ignore pour quelle raison, mais je ne m’attendais pas à un effort intense : j’avais imaginé une marche méditative à un rythme relativement lent. Finalement, nous parcourons environ 20 à 25 km par jour, avec du dénivelé, et un rythme qui s’approche parfois de la marche rapide que j’ai pratiquée fut un temps.
Mais après tout, qu’à cela ne tienne : j’adore marcher, et je me rends vite compte que la marche permet une prière singulière, à laquelle je ne suis pas habituée, mais qui me plaît bien.
Marche priante
Me voilà concentrée sur ma conversation continue avec le Seigneur, alimentée par les enseignements inspirants de notre prêtre accompagnateur. Bien que je ressente un effort physique certain, je ne souffre pas, je ne peine pas à avancer. Je profite. J’observe la nature, et remercie Dieu pour sa création.
Puis je prends conscience que je fais moi-même partie de cette création ! Alors je ressens très vite la sensation, au travers de cette prière ambulante, d’honorer mon corps. Je l’honore en tant que création de Dieu, et en tant que temple de l’Esprit. Le verset 14 du psaume 138 me vient régulièrement à l’esprit : “Merci Seigneur pour la merveille que je suis” !
Je me sens en joie, pleine de vie et pleine de gratitude pour notre merveilleux Seigneur et pour mon corps qui fonctionne si bien !
Premières difficultés
A la fin de cette première journée, je ressens une forte douleur dans la cheville. Sans entrer dans les détails, mes orteils sont faits de telle sorte que je suis toujours obligée de prendre des chaussures trop grandes, particulièrement pour le sport, afin de ne pas engendrer de contusions extrêmement douloureuses et invalidantes sur mes orteils. En conséquence de quoi, je dois lacer mes chaussures d’une façon spéciale pour éviter que mes plantes de pieds ne frottent au fond de la chaussure et n’engendrent un autre type de douleur, moins handicapante, certes, mais bien peu agréable.
Mais ce jour, j’ai lacé ma chaussure gauche trop fort, et ma cheville souffre le martyre sur le chemin du retour. Je sens également un petit caillou coincé dans ma chaussure. Je tire un peu sur ma chaussette pour le déloger, mais il ne bouge pas. Je décide de ne pas y prêter plus attention, nous sommes presque arrivés : dans quelques instants, je soulagerai cette petite douleur minime.
Merci Seigneur !
Une fois les chaussures et chaussettes enlevées, je saute dans la douche, puis me dépêche de courir à l’adoration pour remercier le Seigneur de cette merveilleuse première journée ! Je suis si heureuse d’être là et de participer à cette marche ! Je ne pense plus à mon petit caillou dans la chaussure, tout va pour le mieux.
Mais le lendemain matin, au moment d’enfiler mes chaussettes, je me rends compte que ce que j’ai pris pour un caillou était en fait deux petites ampoules, apparues à un lieu improbable de mon pied – côté interne du talon gauche. Je ne m’inquiète pas davantage : j’ai des pansements spéciaux pour les ampoules, je recouvre ces petites cloques de l’un d’eux, et me voilà prête à partir.
Douleur physique
Cette deuxième journée est plus difficile. Je prends garde à lacer ma chaussure gauche suffisamment pour éviter à mon pied de trop frotter, mais pas trop afin de ne pas engendrer de nouvelles douleurs à ma cheville. Néanmoins, la douleur se réveille dès le début de la marche et j’essaie de poser mon pied légèrement en biais pour limiter la douleur à la cheville. Je me rends compte que mes chaussures, si excellentes soient-elles pour la course, ne font pas le poids pour la marche !!
Par ailleurs, j’ai mal dormi et je me rends vite compte que mes ampoules sont plus douloureuses que prévu. Au premier arrêt, je m’assois par terre et mets un pansement par-dessus le pansement… cela me soulage un temps… Mais très vite, la même douleur apparaît en parallèle sur l’autre pied… Une ampoule est en formation de l’autre côté. Je peine un peu à avancer, et m’oblige à ralentir la cadence pour ménager un peu mes pieds et les douleurs de la cheville gauche.
Au fil de la journée, je m’aperçois qu’en essayant de placer différemment mes pieds, je suis en train de créer une douleur qui commence à me lancer dans le mollet gauche. Mais je ne suis pas vraiment portée à m’écouter. Je ne souhaite pas me plaindre à la première difficulté, alors je me concentre sur ma prière… qui se mue en une véritable action de grâce.
Gratitude
Je ressens une immense gratitude pour ce corps merveilleux que le Seigneur m’a donné ! Car, malgré la douleur, il avance, coûte que coûte. Ce ne sont pas quelques ampoules et une douleur au mollet qui vont m’arrêter ! Je suis tellement reconnaissante pour ce corps qui fonctionne si bien ! Je rends grâce à Dieu et je le bénis à chaque pas !
“Mon joug est facile à porter”

Nous avons eu un enseignement, ces jours-ci, sur le joug du Christ. Ce fameux passage des Évangiles, où le Christ nous dit “Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug […]. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger.” (Mt 11, 28-30).
Je n’avais jamais compris ce passage, et je le trouvais assez étrange : prendre un joug léger à la place d’un fardeau plus lourd, en somme ? Pourquoi pas… Quand je pensais au joug du Christ, à son propre fardeau, je me disais qu’il était pourtant bien plus lourd que le mien… Mais notre prêtre accompagnateur a éclairé ce passage !
Moi, fille de la ville, j’ignorais le fonctionnement d’un joug, qui consiste à mettre deux bêtes sous un même harnachement : l’une étant toujours plus forte que l’autre, elle tire et cela aide considérablement l’autre à avancer ! D’un seul coup, c’était lumineux : ainsi, le Christ, en nous proposant son joug, se mettait en lieu et place du plus fort, de celui qui tire et aide l’autre à avancer, et ce, malgré le fardeau qu’il y a à porter ! Ainsi, effectivement, le fardeau devient nettement plus léger ! En somme, je faisais complètement fausse route : le Christ ne nous propose pas un fardeau à la place d’un autre, mais il se propose de nous aider, de se substituer à nos propres forces, pour que nous sachions porter ce fardeau qui, sans lui, est si lourd à porter !
Alors ce deuxième jour, je pense souvent à cette explication, et, dès que je peine un peu, j’appelle le Christ à la rescousse ! Viens, Seigneur, j’ai besoin de ton joug, j’ai besoin que tu m’aides à avancer malgré la difficulté ! Et j’avance avec le sourire aux lèvres. Je continue de contempler la Création autour de moi, et de remercier le Seigneur pour cette merveilleuse création !
Et de le remercier pour mon corps qui ne s’arrête pas malgré les petites douleurs ici et là. Je suis heureuse d’être là et, malgré la souffrance, j’avance. Je sais aussi que le lendemain, une pause est prévue, qui permettra à mon corps de bien se remettre, et de repartir de plus belle le surlendemain : tout est parfait ! J’envisage même d’aller marcher un peu pendant la journée de coupure.
Pause
Mais finalement, je n’irai pas marcher ce jour-là. Pour deux raisons : la première est qu’un atelier poterie est proposé, et que je me sens en telle connexion avec l’Esprit Saint lorsque j’ai les mains dans la terre que je ne veux pas me priver de ce bonheur. La seconde, c’est que finalement, je commence à ressentir de fortes douleurs. Des contractures musculaires, sûrement. Rien de bien méchant, mais je me dis que, si je veux honorer mon corps, je dois quand même l’écouter un peu. Des douleurs sont un message de mon corps, qui viennent me dire : lève le pied !
Alors j’écoute, sagement, et je passe une merveilleuse journée de pause, pendant laquelle je prie en sculptant la terre, je m’abandonne à des lectures spirituelles, je vais prier devant le tabernacle, j’ai un échange très riche avec notre prêtre accompagnateur… Le soir, je reçois le sacrement de réconciliation, bref : tout va pour le mieux.
… Si ce n’est que, ce jour-là, lorsque je m’agenouille en entrant dans la chapelle, je sens une drôle de grosseur dans mon mollet gauche, qui m’empêche d’aller au bout de mon geste d’agenouillement. Et mes ampoules… Ce ne sont plus de toutes petites ampoules, mais de vraies grosses lampes énormes qui ont pris une bonne place sur chacun de mes talons, sous le pied, pile à l’endroit où je pose le pied par terre quand je marche. Même quand je marche simplement, au quotidien. A ce moment-là, je me félicite d’avoir respecté ce temps de pause.
Reprise difficile
Le vendredi matin, pourtant, rien ne va plus. J’ignore pour quelle raison, mais le tout début de la marche est extrêmement difficile pour moi. Les premiers pas, à la sortie de la salle de conférence, sont déjà une épreuve en eux-mêmes. Pas physiquement, mais moralement. Je ne comprends pas pourquoi, mais j’ai une boule dans la gorge, qui ne demande qu’à s’écouler hors de moi sous forme de larmes. J’en laisse couler quelques-unes, d’ailleurs, tout en me posant vraiment des questions : je suis si heureuse d’être ici, si heureuse de découvrir cette façon de prier en marchant ! Pourquoi donc mes larmes coulent-elles ?
La suite au prochain épisode
Mon article est déjà bien dense, et il me reste tant à exprimer que je ne vais pas pouvoir le faire ici. Je vous propose donc de lire la suite dans l’article suivant.
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