Petits anges du ciel
MA VIE DE CHRÉTIENNE AU QUOTIDIEN

Petits anges du Ciel

Voilà une célébration bien particulière, qui a eu lieu ce matin. Une célébration que je n’aurais jamais envisagée il y a peu de temps encore. Une célébration qui aurait pu être toute de chagrin et de larmes, mais qui en a été tout l’inverse : joie et action de grâces ! Cette célébration, c’est celle que l’on a mise en place en l’honneur de mes trois petits anges du ciel. Mes trois envolés. Ces trois petites âmes parties avant même qu’on ait eu le temps de faire leur connaissance. Ces trois petites vies, pour lesquelles mon cœur était lourd d’incompréhension et de culpabilité. Ce matin, nous avons célébré ces trois petites âmes en église, et c’était une des plus belles célébrations auxquelles il m’ait été donné d’assister.

Fausses-couches et vraie douleur

Culpabilité

Il y a douze ans de cela, en décembre 2008, puis en juin 2009 et en août 2009, trois petites vies se sont logées en moi, et se sont éclipsées bien plus tôt que prévu. J’ai raconté ces événements marquants de ma vie dans un long texte il y a quelques jours, je ne reviens pas dessus. 

Ce sur quoi je souhaite revenir, c’est sur la culpabilité qui me rongeait. La culpabilité d’avoir “engendré la mort”. La culpabilité de n’avoir jamais prié pour ces petites âmes. La culpabilité de les avoir abandonnées en me centrant sur ma propre douleur. La culpabilité de ne pas les avoir aimées suffisamment puisque je ne les avais jamais confiées à Dieu. 

Cette culpabilité pesait sur mes épaules, un poids invisible et pourtant bien lourd à porter. Ce fardeau m’accompagnait. Partout où j’allais. Dans tout ce que je faisais. Dans mes pensées. Et surtout dans mon cœur. Pourtant, je n’y pensais pas tout le temps ! Je ne me morfondais pas dans mon coin en ressassant sans arrêt mes idées noires. Mais, inconsciemment, ce fardeau pesait sur moi, enserrant mon cœur et oppressant mon âme. 

Et quand, parfois, je pensais à mes petits anges du Ciel, le seul sentiment qui venait sourdre en moi était la culpabilité. Comme un poison instillé à petites doses dans mon cœur et qui, progressivement, était diffusé dans tout mon être.

Pansement de lumière et espérance

Ange fleursLors d’un partage autour de la Parole de Dieu il y a quelques semaines, les premiers mots de la guérison sont venus d’une femme, qui a évoqué l’âme des enfants non-nés. Ni elle, ni aucune des personnes présentes lors de cet échange, n’avaient connaissance de l’épreuve que j’avais traversée il y a douze ans, et qui continuait de se vivre en moi au travers d’une douleur diffuse dans tout mon être. Lorsque ces mots ont été prononcés, moi toujours si prompte à rebondir, le cœur toujours alerte pour échanger autour de Dieu, d’un seul coup, je me suis tue. Je n’ai plus rien dit. J’ai juste écouté. Parce qu’en moi se livrait une bataille terrible pour contrer les larmes qui affleuraient.

Et puis, j’en ai parlé également, déjà, ces mots prononcés par cet ami de lumière, déposés sur mon cœur comme un pansement lumineux sans même qu’il en ait conscience, sont venus ouvrir la voie plus pleinement au chemin de la vie. “Dieu a créé ces vies pour qu’elles vivent éternellement auprès de lui” ! “Dieu a déjà baptisé ces enfants”.

Ainsi donc, d’un seul coup, tous mes sens soudain en éveil, je prenais conscience de cette vérité que mon cœur avait niée depuis si longtemps : mes petits envolés étaient déjà auprès de Dieu depuis longtemps ! Mieux, ces âmes avaient été créées par Dieu, non pour être moins importantes que les autres âmes du monde entier, mais pour le même dessein que toutes les âmes du monde : être auprès de lui ! 

Et mon abandon, bien inconscient, n’avait aucune conséquence possible sur cet état de fait : ces âmes, malgré toute ma culpabilité, malgré tout mon ressentiment, malgré tous mes questionnements, ces âmes vivaient déjà dans le cœur de Dieu !

Mes anges dans la joie du Ciel

La lumière envahit mon âme

Ange prieÀ partir de là, tout est allé très vite, dans ma tête comme dans mon cœur. Il y a un an de cela, j’avais pris conscience du fait que je n’avais jamais confié ces petites âmes à Dieu, et j’avais commencé à éprouver le besoin de “faire quelque chose” pour honorer ces âmes. J’en avais parlé, alors, à un ami prêtre. Mais jusque là, je n’étais pas prête. 

Mais soudain, la suite de cette discussion était très logique. D’un seul coup, je me suis sentie prête. La lumière était venue envahir mon cœur. Il était temps de passer à l’action ! Alors je suis retournée voir cet ami prêtre, et nous avons décidé, ensemble, de célébrer ces trois petites âmes envolées.

L’interdiction sociétale de pleurer des âmes si petites

Si petites pour la Terre entière, ces petites âmes occupent pourtant une place si importante dans mon cœur ! Mais ce matin, pendant la célébration, sont sortis des mots qui sont venus caresser mon âme, et qui m’ont fait prendre conscience de cette espèce d’interdiction tacite dans notre société de pleurer ces vies envolées trop tôt. 

Parmi les manifestations de cette interdiction :

  • La façon dont le corps médical nous traite : un cas parmi tant d’autres, une case dans l’emploi du temps, la routine. Les personnels médicaux – ceux à qui j’ai eu à faire, du moins – n’accordent absolument aucune importance à ces petites vies envolées, tant ils sont blasés.
  • La science implacable : ces petits embryons ne sont pas des bébés. Il n’y a là rien qu’un amas de cellules et comment pourrait-on pleurer sur un amas de cellules ?
  • Les amis et la famille, qui essaient de consoler et qui, malgré eux, utilisent des mots qui viennent entériner l’idée de la non-importance de ces vies achevées avant même d’être commencées. On banalise, on rassure : “tu en feras un autre !”, on essaie de trouver une explication “la nature fait bien les choses !”. Ces personnes ont peur de nos larmes, en réalité, cela m’apparaît soudainement avec une clarté incroyable ! Ils ont besoin de consoler pour éviter d’avoir à gérer la douleur qui leur est imposée. Alors qu’il suffirait qu’ils offrent une épaule pour pleurer…

Ange de dosEt pourtant, ce matin, pendant cette célébration, des mots sont venus légitimer la douleur ressentie alors. S’il y a une fausse-couche, c’est qu’il y a eu une vie. Et s’il y a eu une vie qui n’est plus, c’est bien qu’il y a eu un décès ! Et s’il y a un décès, il y a réellement un travail de deuil à engager. On ne peut pas tirer un trait sur un décès, si jeune que soit la vie qui vient de se terminer.

Au travers des mots échangés ce matin, des prières proclamées, c’est comme s’il y avait eu une pleine reconnaissance de ma douleur. Comme si j’avais enfin trouvé la paix dans l’autorisation de souffrir de ces vies perdues. Comme si d’un seul coup, on m’accordait le droit d’avoir souffert, même si certains estiment que la perte est moindre que d’autres pertes d’autres sortes. 

Car d’un seul coup, je me suis rendu compte qu’au travers de ses assertions légères, la société m’avait imposé une culpabilité supplémentaire : celle de souffrir alors qu’il y a des personnes à qui il arrive tellement pire qu’à moi ! Ma douleur était minimisée, illégitime. Ce matin, je me suis sentie reconnue, entendue et comprise dans ma souffrance, et cela n’a pas de prix.

Nous célébrons la vie

Cette célébration s’est passée dans une atmosphère de grande paix. Nous étions trois : mon mari, le prêtre et moi. Nous avons parlé de la douleur, de l’épreuve, mais aussi des bienfaits de Dieu dans nos vies. Nous avons écouté, dans l’Évangile de saint Luc, les versets parlant de la tempête apaisée. Nous avons parlé de nos trois enfants bien vivants, et de nos trois enfants envolés. Nous les avons nommés et avons allumé des cierges pour eux. Nous avons prié ensemble. Nous avons chanté. 

Nous avons lu le magnifique poème de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, “À mes petits frères du Ciel” : 

ThérèseHeureux petits Enfants, 

Avec quelles tendresses 

Le Roi des Cieux vous bénit autrefois 

Et combla de caresses vos fronts joyeux !

De tous les Innocents vous étiez la figure,

Et j’entrevois les biens que dans le Ciel 

Vous donne sans mesure le Roi des Rois !

Vous avez contemplé les immenses richesses du Paradis 

Avant d’avoir connu nos amères tristesses.

Chers petits Lys, ô boutons parfumés, 

Moissonnés dès l’aurore par le Seigneur,

Le doux soleil d’Amour qui sut vous faire éclore, 

Ce fut son cœur ! 

Quels ineffables soins, quelle tendresse exquise   

Et quel amour vous prodigue avec soin notre Mère l’Eglise,  

Enfants d’un jour ! 

Dans ses bras maternels, vous fûtes en prémices offerts à Dieu.

Toute l’Éternité, vous ferez les délices du beau Ciel bleu 

Enfants, vous composez le virginal cortège du doux Agneau 

Et vous pouvez redire, étonnant privilège, un chant nouveau ! 

Vous êtes sans combat parvenus à la gloire des conquérants : 

Le Sauveur a pour vous remporté la victoire, vainqueurs charmants !

On ne voit point briller de pierres précieuses dans vos cheveux.

Seul le reflet doré de vos boucles soyeuses ravit les Cieux.

Les trésors des élus, leurs palmes, leurs couronnes,

Tout est à vous !

Dans la sainte Patrie, 

Enfants, vos riches trônes sont leurs genoux !

Ensemble vous jouez avec les petits anges, 

Près de l’Autel,

Et vos chants enfantins, gracieuses phalanges, charment le Ciel !

Le Bon Dieu vous apprend comment il fait les roses, l’oiseau, les vents,

Ici-bas nul génie ne sait autant de choses que vous, Enfants !

Du firmament d’azur soulevant tous les voiles mystérieux,

En vos petites mains vous prenez les étoiles aux milles feux, 

En courant vous laissez une trace argentée,

Souvent le soir quand je contemple ici la blanche voie lactée

Je crois vous voir !

Ange et roseDans les bras de Marie après toutes vos fêtes, vous accourez 

Sous son voile étoilé cachant vos blondes têtes, vous sommeillez. 

Charmants petits Lutins, votre enfantine audace plaît au Seigneur 

Vous osez caresser son Adorable Face :

Quelle faveur !

C’est vous que le Seigneur me donna pour modèle,

Saints Innocents,

Je veux être ici-bas votre image fidèle,  

Petits Enfants !

Ah ! daignez m’obtenir les vertus de l’enfance !

Votre candeur, votre abandon parfait, votre aimable innocence charment mon cœur. 

Ô Seigneur ! Tu connais de mon âme exilée les vœux ardents !

Je voudrais moissonner, beau Lys de la vallée, des Lys brillants !

Ces boutons printaniers, je les cherche et les aime !

Pour ton plaisir, sur eux, daigne verser 

La Rosée du Baptême !

Viens les cueillir !

Ne pleure pas parce que c’est fini : ris parce que cela a eu lieu

Et puis nous avons rendu grâces. Nous avons remercié le Ciel pour ces trois autres petites vies qui sont passées dans nos vies et qui y vivent encore, dans nos cœurs. Nous avons rendu grâces de nous avoir offert ces petites âmes qui, du cœur de Dieu, nous aiment et nous illuminent ! 

Nous avons rendu grâces pour nos six enfants, car nous avons belle et bien six enfants. Trois bien vivants sur cette Terre avec nous, et pour lesquels je rends grâces à chaque instant. Et trois… bien vivants au Ciel ! 

Et ils nous entourent, et je les vois, maintenant, légers et rieurs, et c’est comme si je les sentais libérés, eux aussi, de ma propre culpabilité ! Ce sentiment qui me rongeait m’empêchait d’envisager sereinement ces trois petites âmes. Cette culpabilité extrême venait m’empêcher de les supposer dans la joie de notre Seigneur ! 

Et, d’avoir rendu grâces, d’avoir accepté de les savoir dans le cœur de Dieu, d’avoir compris qu’ils étaient plongés dans l’amour éternel, c’est comme si, d’un seul coup, eux aussi étaient libérés de ma tristesse ! 

C’est comme lorsqu’on s’inquiète pour une personne que l’on aime et qui ne va pas bien : on ne peut pas s’empêcher de se sentir mal pour elle. Et là, c’est comme si mes petites vies avaient vu tous mes tourments intérieurs depuis si longtemps, s’en étaient inquiétées, et comme si, me voyant soudain libérée de ce poids, la joie complète avait pu s’exprimer en elles, comme si elles se réjouissaient de me voir enfin légère ! Et je les sens, dansant dans mon cœur !

“Ne pleure pas parce que c’est fini : ris parce que cela a eu lieu”, une phrase que j’ai faite mienne depuis de nombreuses années, mais que je n’avais jamais eu la présence d’esprit d’attribuer à ces événements de ma vie. Alors aujourd’hui, je ris et je rends grâces pour ces petites âmes ! Je ris parce qu’elles sont venues illuminer ma vie ! Je ris parce qu’aujourd’hui, je les sais, enfin, dans le cœur de Dieu ! 

Guérison de lumière

En entrant profondément à l’intérieur de moi-même, j’y vois soudain plus clair. Depuis toutes ces années, j’avançais dans la vie comme s’il manquait une partie de mon cœur, comme s’il n’était pas complet, comme si une partie lui avait été arrachée. 

Aujourd’hui, cette partie arrachée s’est recousue en un instant quand j’ai pris conscience que ces petites vies sont bien réelles, et que rien ne m’a été arraché. Il m’a été offert de porter ces trois petites âmes, mon rôle n’était pas de les voir grandir, mon rôle était juste de les porter en moi le temps qu’elles éclosent à la vie humaine. La suite ne me concernait pas, du moins, pas pendant ma vie terrestre. 

Dieu a fait de moi un cocon d’amour pour accueillir ces vies, et puis il les a prises pour les déposer dans sa joie, dans sa lumière et dans son amour ! Moi j’ai joué mon rôle : je leur ai donné tout l’amour dont j’étais capable, depuis le début. Et aujourd’hui, je peux enfin libérer mon cœur et le laisser les aimer pleinement, sans me poser de question. 

AngeEn réalité, je me rends compte que je ne les ai jamais vraiment abandonnées. Je les porte depuis tout ce temps. Mais je portais le joug d’une culpabilité qui n’avait pas lieu d’être. Et cette culpabilité m’empêchait de comprendre qu’il n’y a que l’amour qui compte. Il n’y a jamais que l’amour qui soit important. 

La célébration de ce matin a libéré mon cœur de ses nœuds. Et je ressens à la fois une grande paix vis-à-vis de ces événements, et une grande joie. C’est comme si ma paix avait libéré la joie de mes petites âmes envolées, comme s’il se jouait en ce moment-même une grande fête qui célèbre la libération de mon cœur !

J’ai aimé ces âmes, profondément, depuis le jour où j’ai su qu’elles étaient en moi, et je n’ai jamais cessé de les aimer. Je m’interdisais d’y penser dans ce sens pour que la douleur ne soit pas trop cuisante. Mais la réalité est que je n’ai jamais cessé d’aimer ces petits êtres que je ne rencontrerai réellement qu’au Ciel. Comme je l’ai écrit lorsque mon grand-père maternel est décédé, je n’ai pas cessé de l’aimer parce que je ne le voyais plus. Je ne pouvais pas dire “je l’aimais”, non : cet amour est toujours actuel. Je l’aime encore, trois ans après son retour vers le Père. Il en va de même pour ces petites vies. 

Oui, aujourd’hui, je ressens le droit de les aimer depuis le début. Oui, aujourd’hui je ressens l’autorisation d’avoir pleuré lorsqu’elles se sont éclipsées. Oui, aujourd’hui, je ressens le droit de continuer à les aimer. 

La joie de mes enfants du Ciel

Nous avons terminé la célébration en priant Marie. Et, en même temps que je disais le “Je vous salue Marie”, des clausules très spontanées sont apparues dans mon cœur ! Je ressentais une immense joie de savoir que ces enfants sont enveloppés du manteau d’amour de ma maman céleste ! Quelle sérénité de savoir qu’au Ciel, ces petites âmes vivent dans l’amour infini de notre Dieu et sont enveloppés de la tendresse de Marie, notre mère céleste !

“Je vous salue Marie,

Ma maman du Ciel auprès de qui dansent de joie mes petits enfants du Ciel !

Pleine de grâces,

Le Seigneur est avec vous, 

Et avec mes tout-petits montés vous rejoindre à l’aube de leur existence !
Vous êtes bénie entre toutes les femmes

Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, mère de Dieu, 

Et mère de tous les hommes,

Et mère de mes enfants du Ciel qui viennent se blottir dans votre immense amour,

Priez pour nous, pauvres pécheurs,

Maintenant, et à l’heure de notre mort,

Amen !”.

Merci Seigneur !

Je commence ce jour une neuvaine pour rendre grâces à Dieu pour ces petites vies, pour cette paix retrouvée et cette joie engendrée, et pour la bénédiction que sont ces petites âmes dans mon cœur ! Elles font partie de ma vie, elles ont une place entière dans mon cœur, et désormais, je rendrai grâces pour elles jusqu’à la fin des temps. Aujourd’hui, mon cœur danse de joie et fond de gratitude pour la joie d’avoir au Ciel trois petites âmes qui veillent sur nous !   Ange dansant     

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